Pierre-Nicolas ARBO - Les Valkyries (1865) : l'étymologie de leur nom provient des mots val (choisir) et kyrja (abattre) (littéralement, « qui choisit les abattus » ou « qui choisissent les morts »).
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Choisir ses morts

janv./févr. 2021

L’engorgement des services de réanimation, qui force les responsables de santé à décider à qui allouer leurs ressources limitées, a doublé la crise sanitaire d’une crise morale. N’est-ce pas dans ce genre de situation que l’on est en droit d’attendre une réponse ferme des dirigeants politiques ?

Un tramway sans freins est sur le point d’écraser cinq ouvriers qui occupent la voie principale. Le conducteur a encore la possibilité de dévier sa course folle vers une voie secondaire qui, s’il la choisit, ne tuera qu’un seul homme. Formulé en 1967 par Philippa Foot, le dilemme est devenu fameux. Érigé en cas d’école, il fut retourné dans tous les sens. En vain. On finit par conclure que la morale ne pouvait trancher. Certains pourtant résistaient. Ils recommandaient qu’on sacrifiât toujours le petit nombre au profit du grand nombre. Ceux-là devaient avoir l’esprit comptable. Judith Jarvis Thomson voulut leur clouer le bec et proposa une variante, elle aussi restée célèbre : cette fois-ci, vous observez le tramway du haut d’un pont. Près de vous, un homme très obèse est penché pour le regarder passer. Il suffirait de le pousser du coude pour qu’il tombe et obstrue la voie, et sauve ainsi la vie des cinq ouvriers qui y travaillent. À tous ceux qu’on interroge, le refus est unanime. Là, le geste est insupportable. Pourtant, c’est très exactement le même dilemme que celui du tramway. Mais présenté sous cette forme, il rend le choix inadmissible.

Il faut croire qu’on s’amuse bien dans les universités où il est propos&ea

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Camille Riquier

Camille Riquier, agrégé et docteur en philosophie est maître de conférence à l’Institut catholique de Paris, ainsi que Vice-Recteur à la recherche. Il vient de publier Nous ne savons plus croire  (Desclée de Brouwer, 2020). 

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Les femmes sont au cœur de nombreux mouvements sociaux à travers le monde. Au-delà de la vague #MeToo et de la dénonciation des violences sexuelles, elles étaient nombreuses en tête de cortège dans le soulèvement algérien du Hirak en 2019 ou dans les manifestations contre le président Loukachenko en Biélorussie en 2020. En France, leur présence a été remarquée parmi les Gilets jaunes et dans la mobilisation contre le dernier projet de réforme des retraites. Dans leur diversité, les mouvements de femmes témoignent d’une visibilité et d’une prise de parole accrues des femmes dans l’espace public, de leur participation pleine et entière aux débats sur l’avenir de la cité. À ce titre, ils consacrent l’existence d’un « sujet politique féminin ».