Leicester Square, Londres. | Photo : Luca Vavassori via Unsplash
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Laïcité : lettre de Londres

En France, la laïcité se présente comme un prisme obligatoire pour aborder les questions d’identité, d’immigration ou de terrorisme. Cette posture diffère de la pratique anglaise, qui cherche plutôt à instaurer une hygiène du débat, en évitant de confondre le discours sur la laïcité avec la lutte contre le terrorisme.

De l’affaire du foulard à Creil, en 1989, au projet de loi contre le séparatisme en 2021, la laïcité française est régulièrement mobilisée contre les dangers de l’islamisme1. Elle promet une double réponse, sécuritaire et éducative, à la radicalisation religieuse qui nourrit, avec une fréquence déprimante, la violence terroriste. L’objet privilégié de la laïcité française est donc le religieux pathologique.

Durant les trois dernières décennies, la laïcité s’est imposée comme le prisme conceptuel au travers duquel les controverses sur l’identité nationale, l’immigration, la crise scolaire et le terrorisme islamiste ont été interprétées. Si certains mettent le succès de ce refrain au compte de la spécificité idéologique de la doctrine républicaine française, d’autres y voient l’ombre portée sur le discours public par le Front national depuis le début des années 1980.

L’équation entre laïcité et mobilisation nationale contre le radicalisme islamiste est aujourd’hui presque parfaite. Chaque nouvel attentat terroriste appelle sa loi de « r

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Cécile Laborde

Professeur de théorie politique à l'université d’Oxford, elle a notamment publié Français, encore un effort pour être républicains ! (Seuil, 2010) et Liberalism’s Religion (Harvard, 2018).

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Les enquêtes de santé publique font état d’une épidémie de fatigue dans le contexte de la crise sanitaire. La santé mentale constitue-t-elle une « troisième vague » ou bien est-elle une nouvelle donne sociale ? L’hypothèse suivie dans ce dossier, coordonné par Jonathan Chalier et Alain Ehrenberg, est que la santé mentale est notre attitude collective à l’égard de la contingence, dans des sociétés où l’autonomie est devenue la condition commune. L’épidémie ne provoque pas tant notre fatigue qu’elle l’accentue. Cette dernière vient en retour révéler la société dans laquelle nous vivons – et celle dans laquelle nous souhaiterions vivre. À lire aussi dans ce numéro : archives et politique du secret, la laïcité vue de Londres, l’impossible décentralisation, Michel Leiris ou la bifurcation et Marc Ferro, un historien libre.