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Comment peut-on être laïque ?

Les polémiques autour de la laïcité doivent être décidées en fonction des principes qui fondent la séparation du religieux et de l’État : la raison publique, l’égalité civique et la liberté personnelle.

Dans les Lettres persanes de 1721, le baron de Montesquieu encourageait ses lecteurs français à se demander, avec lui, comment on peut être persan. Il entendait ainsi prendre une distance ethnographique et critique par rapport aux habitudes et préjugés de la société parisienne de son temps. Peut-on, de même, prendre une distance philosophique, et tout autant critique, par rapport à la laïcité ? Trop souvent, en France, l’appel à la laïcité fonctionne comme une sorte de mantra religieux, d’autant plus évocateur qu’il est étroitement lié à ­l’affirmation d’une identité historique commune. Nous sommes laïques, en quelque sorte, parce que nous sommes français. Or ni l’appel à l’identité, ni l’appel à l’histoire, ne constitue une explication, encore moins une justification.

Peut-on expliciter la logique profonde, la raison d’être de la laïcité ? Commençons par préciser le terme. La laïcité est un principe de séparation entre le politique et le religieux ; plus précisément, un principe de mise à distance du religieux par l’État. Principe purement politique, la laïcité ne dépend pas d’une éthique antireligieuse, agnostique

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Cécile Laborde

Professeur de théorie politique à l'université d’Oxford, elle a notamment publié Français, encore un effort pour être républicains ! (Seuil, 2010) et Liberalism’s Religion (Harvard, 2018).

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Alors que l’efficacité des aides sociales est aujourd’hui contestée, ce dossier coordonné par Anne Dujin s’interroge sur le recul de nos idéaux de justice sociale, réduite à l’égalité des chances, et esquisse des voies de refondation de la solidarité, en prêtant une attention particulière aux représentations des inégalités au cinéma et dans la littérature.