Do not follow this hidden link or you will be blocked from this website !

Dans le même numéro

Assurances : protection collective ou choix individuel ?

janvier 2011

#Divers

Les démocrates ont subi une raclée lors des élections de mi-mandat, en novembre, perdant la majorité à la Chambre des représentants et la capacité de blocage au Sénat. L’effet fut immédiat lors du vote sur la prolongation ou non des réductions d’impôts pour les riches, que le candidat Obama avait promis d’éliminer, et qui arrivent à expiration fin décembre. Les démocrates voulaient les garder seulement en dessous d’un seuil de revenus de 250 000 dollars (190 000 euros), mais ils ont accepté la demande républicaine de les maintenir pour tous. Il est vrai que les républicains ont consenti de leur côté la prolongation des assurances de chômage pour des millions de personnes qui voyaient la fin de leurs droits.

Pour comprendre la portée des victoires de la droite américaine, il faut regarder du côté de la Cour suprême. Sa composition avait changé sous le régime de G. W. Bush, et la plupart des questions litigieuses se décident à une courte majorité (5 contre 4). Mais il existe des transformations idéologiques plus profondes.

Une première décision importante de la Cour a eu lieu en janvier 2010 dans l’affaire Citizens United. L’arrêt de la Cour affirmait que des corporations (et des syndicats) sont des « personnes » aux yeux de la loi. Pour cette raison, la loi votée par le Congrès en 2002, qui imposait des limites sur leurs contributions aux campagnes politiques, serait une atteinte au premier amendement à la Constitution, qui garantit la liberté de la parole. C’est ainsi qu’on a vu en novembre des candidats bien financés surprendre des députés établis.

Mais pour expliquer la montée des populistes fédérés par la nébuleuse qu’on appelle Tea party, il faut comprendre l’idéologie qui est à l’œuvre : celle d’un individualisme débridé qui fait fi de ses effets sur la société. On l’a vu pendant les dix-huit mois où l’on a débattu de la réforme du système des assurances santé. Très vite, le président a dû abandonner l’idée d’une couverture nationale : le compromis final a établi des assurances privées auxquelles tout citoyen doit adhérer. Cette obligation est le fondement de l’idée d’une assurance qui vise à compenser le risque d’accidents. Or, les chantres de l’individualisme y voient surtout une entrave à leur liberté.

Comme nous sommes aux États-Unis, la question aboutira éventuellement à la Cour suprême. En attendant, une Cour fédérale dans la Virginie vient de déclarer que l’obligation de s’assurer est contraire à la Constitution. En effet, le gouvernement a la responsabilité de réglementer les activités commerciales ; il peut donc réglementer les compagnies d’assurance. Mais le citoyen qui n’achète pas une police d’assurance n’engage aucune activité ; et voilà qu’on menace de le pénaliser pour cette « non-activité » ! Selon cette logique, affirme la Cour, le gouvernement s’accorde une autorité « sans limites » sur la liberté de l’individu. Va-t-on lui imposer l’obligation « d’acheter une voiture, adhérer à un club de gym, à manger des asperges »? Non ! Il faut protéger l’individu avant tout.

Cette idéologie qui pose la liberté de l’individu au-dessus de toute autre valeur a porté le succès républicain. Elle convainc beaucoup d’Américains que Barack Obama est un « socialiste », et qu’il veut contrôler et diriger la société entière à partir de Washington. En effet, si le gouvernement peut imposer l’achat d’une assurance santé, pourquoi ne m’imposerait-il pas l’obligation de faire plus d’exercices… ou de manger des asperges ?

Comment Barack Obama et les démocrates pourront-ils contrer ces idéologues ? Après tout, une assurance n’est pas simplement une protection contre des accidents ; elle est aussi une expression de la solidarité des citoyens les uns avec les autres. Voici une piste qu’Obama pourrait explorer.

  • 1.

    Professeur émérite à Stony Brook University, New York, auteur de Aux origines de la pensée politique américaine, Paris, Hachette, coll. « Pluriel », 2008. Cet article est tout d’abord paru dans Ouest-France.

Dick Howard

Professeur de sciences politiques aux Etats-Unis, il connaît bien l'Allemagne et la France, d'où un travail de médiation philosophique entre les trois pays, qui porte notamment sur les héritages du marxismes entre l'Europe et l'Amérique, mais aussi les débats et les malentendus transatlantiques. Il a notamment publié en Français, Aux Origines de la pensée politique américaine, Paris,…

Dans le même numéro

Que faire de la mémoire des guerres du XXe siècle ?

A propos de la modernisation des commémorations

Pouvoir mourir et pouvoir tuer : questions sur l'héroïsme guerrier

La vie refigurée : Les Disparus de Daniel Mendelsohn

L'horrible, l'imprescriptible et l'admirable : relecture de Paul Ricoeur