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© Grandfilm
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Donner du temps à Fontainhas

Vitalina Varela de Pedro Costa

Vitalina Varela, réalisé par Pedro Costa, suit les errances du personnage de Vitalina sur les lieux hantés par son mari décédé, dans le quartier de Fontainhas au Cap-Vert. Lors du festival Citéphilo, dont Esprit est partenaire, le réalisateur s’est entretenu avec Jacques Rancière au sujet de ce décor, qu’il n’a cessé de filmer.

Dans la pénombre et l’humidité du bidonville de Fontainhas (Lisbonne), il vient d’être enterré. Il était maçon cap-verdien. Lorsque sa femme Vitalina arrive au Portugal, il est trop tard. Pieds nus sur les marches métalliques de l’escalier de descente d’avion, dans le brouhaha du tarmac. Le chœur des amis et personnels d’entretien de l’aéroport qui l’accueille la prévient : « Il n’y a rien pour toi ici. Rentre chez toi. » La bouleversante comtesse aux pieds nus n’en fera rien. Arc-boutée sur sa colère, ses ressentiments à l’égard de ce mari qui a fui leur maison au pays, qui n’a pas reconnu leur fille, qui n’est jamais revenu. Contre ce pays qui lui a tant pris. Nous passerons avec elle des journées sans but, à recueillir des bribes de témoignages sur la vie de son époux, à regarder cette maison où il vécut, à tenter de vivre dans son chaos et à guetter la colère sur le visage de Vitalina, dans la pénombre de cette maison délabrée. Comment un si bon maçon a-t-il pu lui laisser une maison si laide et décrépie ? Vitalina tourne en rond, cultive un petit coin de terre au bord de la route. Sans que l’on comprenne vraiment pourquoi elle s’accroche à ces lieux inhabitables. Elle se plaint, éructe et s’entête. De sa colère, de sa douleur, s’élève un cri, qui rebat les cartes de la fiction et du documentaire, comme le note le philosophe Jacques Rancière. Son quotidien ténu à Fontainhas dans le regard de Pedro Costa confine au légendaire.

La structure traditionnelle

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Élise Domenach

Élise Domenach est maîtresse de conférences, habilitée à diriger des recherches, en études cinématographiques à l’École normale supérieure de Lyon. Elle a récemment dirigé L’écran de nos pensées. Stanley Cavell, la philosophie et le cinéma (ENS Éditions, 2021). Elle est également l’autrice de Le paradigme Fukushima au cinéma. Ce que voir veut dire (2011-2013), à paraître chez Mimesis en avril…

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Comment écrire l’histoire des marges ? Cette question traverse l’œuvre de Michel de Certeau, dans sa dimension théorique, mais aussi pratique : Certeau ne s’installe en effet dans aucune discipline, et aborde chaque domaine en transfuge, tandis que son principal objet d’étude est la façon dont un désir fait face à l’institution. À un moment où, tant historiquement que politiquement, la politique des marges semble avoir été effacée par le capitalisme mondialisé, l’essor des géants du numérique et toutes les formes de contrôle qui en résultent, il est particulièrement intéressant de se demander où sont passées les marges, comment les penser, et en quel sens leur expérience est encore possible. Ce dossier, coordonné par Guillaume Le Blanc, propose d’aborder ces questions en parcourant l’œuvre de Michel de Certeau, afin de faire voir les vertus créatrices et critiques que recèlent les marges. À lire aussi dans ce numéro : La société française s’est-elle droitisée ?, les partis-mouvements, le populisme chrétien, l’internement des Ouïghours, le pacte de Glasgow, et un tombeau pour Proust.