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La Russie, entre livre unique et livre éclaté

Les Russes ont pendant longtemps été les lecteurs d’un seul livre : le psautier. Mais quid du livre de chevet aujourd’hui, du livre unique que l’on lit et relit, et où l’on vient se ressourcer ? Si le samizdat a joué son rôle historique et passé son temps, les classiques sont loin d’avoir achevé leur carrière. Le grand Pouchkine, avant tous, a bousculé le genre romanesque et émancipé la littérature russe de la référence au livre unique.

Timeo hominem unius libri [Je crains l’homme d’un seul livre], dit un proverbe latin inscrit au fronton de la Société de lecture de Genève. Les Russes ont pendant longtemps été des lecteurs d’un seul livre : le psautier. C’est dans le psautier que le Russe apprenait à lire, qu’il fût noble ou de petite extrace. Le psautier slavon a laissé des traces ineffaçables dans la psyché russe ; le profond sentiment religieux lié à la lecture faisait qu’en effet l’homme russe médiéval, l’homme russe du peuple bien longtemps plus tard était l’homme d’un seul livre, le livre. Et il en est resté la profonde conviction que le livre doit dire toute la vérité et que plusieurs livres ne peuvent que mentir. Les schismatiques de la Vieille foi, dits raskolniks, eurent, bien entendu, leu

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Georges Nivat

Historien des idées et slavisant, traducteur spécialiste du monde russe.

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