La chute des Titans de Rubens (vers 1637)
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Le mur d’escalade du professeur Steiner

Le désastre de Babel, l’énigme de milliers de langues disparues, préoccupe Steiner plus que tout. Ne peut y remédier que la saisie directe du texte et du Sens, tentative titanesque à quoi nous invite Steiner.

« Je courus. Et trouvai mon premier Homère. Peut-être tout le reste n’a-t-il été qu’une note en bas de page à cette heure1. »

George Steiner a, dans un des nombreux ouvrages où il exige et proclame la réelle présence du sens dans le texte, parlé de « l’hospitalité toute personnelle que nous devons à notre mort ». Cette expression mystérieuse du plus intime de l’homme, de la conscience profonde qu’il a de sa finitude et du dialogue avec sa propre mort, me revient à l’esprit en ce moment où George Steiner poursuit son dialogue avec sa mort ailleurs que dans les mots de ses livres, les paroles de ses cours, les échanges de ses conversations – parfois avec violence, une violence moins adressée à l’interlocuteur qu’à ce qu’il considérait comme l’ennemi global de son époque (et la nôtre) : l’étouffement du sens.

Il y avait de l’enchanteur chez Steiner l’enseignant, le maître, parfois le gourou. « J’ai bu ton filtre magique, je suis, c’est bien simple, la proie de tes enchantements », dit à Socrate le sceptique Menon. Socrate se compare lui-même à une torpille, qui plonge dans la torpeur quiconque s’approche de lui. Dans le Ménon, il s’agit de définir la vertu. Chez Steiner, il s’agit plutôt de définir la « faim de sens ». Un

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