Troubadour fatigué, tableau de Giorgio de Chirico
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L'Occident fatigué du Moyen-Orient

La fatigue de l’Occident à l’égard du Moyen-Orient s’exprime dans son repli stratégique, son incapacité à comprendre la géopolitique de la région et ses propres crises économiques et institutionnelles. Elle favorise le retour de la Russie comme puissance mondiale.

Dans plusieurs travaux, antérieurs ou à paraître, nous avions évoqué l’existence d’une « fatigue sociale » dans nombre de pays du Moyen-Orient dans les années 1990 et 2000. Au-delà des processus de démobilisation qu’on observait alors, celle-ci s’expliquait par un double facteur contradictoire :

D’un côté, le mouvement perpétuel provoque, par un effet paradoxal, un sentiment de vide de sens ; de l’autre côté, l’absence de confiance dans les repères temporels pousse tout un chacun à un repli sur un cadre strictement individuel, familial et dans certains cas, de socialisation à proximité. Alors que le passé, évanoui, cesse d’être une ressource de conscience, de mémoire, de fierté, ou de force, l’avenir cesse d’être appréhendé comme le temps des possibilités ou d’un empowerment de diverses composantes de la société1.

Tout indique que la décennie 2010 est marquée par une nouvelle fatigue, mais il s’agit cette fois-ci de celle des puissance

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Hamit Bozarslan

Directeur d'études à l'Ehess, il est notamment l’auteur de l'Histoire de la Turquie de l'Empire à nos jours (Tallandier, 2015) et de Révolution et état de violence. Moyen-Orient 2011-2015 (Cnrs, 2015). Il est membre du Conseil de rédaction d'Esprit. 

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Nous sommes fatigués du Moyen-Orient : nous ne le comprenons plus, nous ne voulons plus y intervenir, et nous nous replions sur nous-mêmes face à l’afflux de réfugiés. Le dossier, coordonné par Hamit Bozarslan, propose un éclairage historique, sociologique et politique sur les crises qui défont et recomposent le Moyen-Orient, en particulier la tragédie syrienne.