Fabienne Courtade. Le choix de disparaître. (Poèmes)
Le choix de disparaître
Ce qui frappe chez Fabienne Courtade, c’est l’effacement. L’effacement des données biographiques pour commencer mais aussi bien de tout autre signe de présence au réel. Tout juste des dates figurent-elles entre parenthèses, à la parution de chaque livre. Ainsi le premier, Nous infiniment risqués (1987). Quant au plus récent, le Même Geste, publié dans la collection « Poésie » chez Flammarion, il porte la mention 2012. Il y a cependant cohérence évidente entre le travail de l’écriture et l’existence même de son auteur. C’est-à-dire choix manifeste de disparaître en tant que sujet singulier pour se dissimuler ou se fondre derrière un « je » d’emprunt, qui très souvent se décline sur le mode du « quelqu’un ». Un récit semble se nouer devant nous, où le sujet demeure anonyme, les actions lâchement liées l’une à l’autre, la réalité obéissant à la logique apparemment décousue du rêve. C’est bien elle, réalité, qui est ici en question dans ses dimensions spatiales et temporelles. Il semble que nous soyons sur l’envers du monde diurne de Marie-Claire Bancquart1 : même obstination à interroger les signes, même patience répétitive, même ébahissement devant la mort, dans un décor très souvent nocturne. Aussi se demande-t-on quel sens peut prendre l’engagement dans les gestes de l’existence puisque le poème semble rester dans le retrait, la réserve. On se croirait quelquefois dans une aventure policière où victime et assassin se frôleraient sans jamais passer à l’acte.
- 1.
Voir « Marie-Claire Bancquart. Incarnation et épure », Esprit, août-septembre 2013.