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Photo : Diogo Nunes via Unsplash
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Être heureux ?

mars 2021

Yoga, le dernier livre d’Emmanuel Carrère, met en scène une idéologie du bonheur caractéristique de notre époque. Mais ces discours, selon lesquels l’individu serait intégralement responsable de son bien-être, ne sont-ils pas un nouveau signe de l’effacement du politique ?

Au-delà des polémiques sentimentalo-médiatiques, Yoga, le dernier livre d’Emmanuel Carrère, rend compte d’une époque1. Retraçant les égarements psychologiques de l’auteur et ses tentatives pour sortir d’une spirale personnelle mortifère, ce récit à l’important succès commercial – ce n’est pas un roman et l’on comprend son exclusion du Goncourt –, illustre, par la quête de soi de l’écrivain, cette idéologie du bonheur qui ronge nombre de nos contemporains. « Que du bonheur ! », cette antienne mille fois répétée montre à quel point nous sommes devenus des compulsifs de l’inaccessible étoile, être heureux.

Les sociétés modernes substituent l’obsession du moi à la légitimité d’un désir de sens.

Chacun aspire à la plénitude mais, derrière ce souhait, les sociétés modernes substituent l’obsession du moi à la légitimité d’un désir de sens. On voit fleurir chez nos libraires des titres éloquents : L’Authenticité en cinq leçons, Confiance en soi mode d’emploi, Les Dix Recettes du bonheur, Le Pouvoir de l’instant présent… La liste est sans fin. La psychologie positive fait florès et des coachs de développement personnel en tout genre s’affichent sur le marché. Carrère dénonce cette tendance au début du livre, mais c’est pour retomber aussitôt dans les travers de l’écrivain épris de lui-même.

Les gens ont bien le droit de chercher à mieux vivre, et Carr

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Jacques-Yves Bellay

Essayiste et romancier, il a récemment publié La Dame de Galway et Le Dictionnaire impertinent de Saint-Malo (Yellow Concept, 2019).

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On oppose souvent science et croyance, comme si ces deux régimes de discours n’avaient rien de commun. Pourtant, l’expérience nous apprend que c’est généralement quand l’un des deux fait défaut que l’autre subit une crise. Dans le contexte pandémique actuel, l’incapacité des experts et des gouvernants à rendre compte dans l’espace public des conditions selon lesquelles s’élaborent les vérités scientifiques, aussi bien qu’à reconnaître la part de ce que nous ne savions pas, a fini par rendre suspecte toute parole d’autorité et par faciliter la circulation et l’adhésion aux théories les plus fumeuses. Comment s’articulent aujourd’hui les registres de la science et de la croyance ? C’est à cette question que s’attache le présent dossier, coordonné par le philosophe Camille Riquier, avec les contributions de Jean-Claude Eslin, Michaël Fœssel, Bernard Perret, Jean-Louis Schlegel, Isabelle Stengers. À lire aussi dans ce numéro : l’avenir de l’Irak, les monopoles numériques, les enseignants et la laïcité, et l’écocritique.