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Michel de Certeau · DR
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Quand l’institution pourrit

La réflexion de Michel de Certeau sur la pourriture des institutions, qui s’inspire de la pratique de l’aveu sous la torture, éclaire aujourd’hui la question de la pédophilie dans l’Église catholique. Quelle que soit la violence exercée par le pouvoir, il subsiste toujours un reste d’altérité qui permet de résister à l’institution.

En 1977, Michel de Certeau publie dans la revue Action poétique un article au titre surprenant : « L’institution de la pourriture1 ». Dirigé par Élisabeth Roudinesco et intitulé Autour de la psychanalyse, ce numéro, au style très « post-68 », réunit pêle-mêle, ou plutôt dans un savant mélange, une quarantaine de textes, très divers sur la forme et le fond. Dans sa présentation, Élisabeth Roudinesco suggère explicitement (en s’inspirant d’Un destin si funeste de François Roustang) que la théorie de l’inconscient de Freud s’est institutionnalisée « dans le discours d’un maître qui se prend pour le créateur de sa découverte, pour l’auteur de son œuvre et pour le père de ses disciples ».

Il aurait fabriqué « une école à son image, et cette école ressemble aux appareils de l’idéologie dominante ; elle ressemble à l’école, à la médecine, à l’asile, à la prison, au tribunal, à toutes ces “instances” qui rapportent à l’unité d’un moi imaginaire la nature dialectique du sujet divisé. Il risque de s’y passer ce qui se passe ailleurs : répression, ordre, pourriture, perte d’identité ». C’est donc l’institution – en fait : les grandes institutions de la société – qui est ramenée ici à de la « pourriture », le mot employé par Michel de Certeau dans le titre de son article. Un peu plus loin, le « renversement » de l’intitulé de cet article (« l’institution de la pourri

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Jean-Louis Schlegel

Philosophe, éditeur, sociologue des religions et traducteur, Jean-Louis Schlegel est particulièrement intéressé par les recompositions du religieux, et singulièrement de l'Eglise catholique, dans la société contemporaine. Cet intérêt concerne tous les niveaux d’intelligibilité : évolution des pratiques, de la culture, des institutions, des pouvoirs et des « puissances », du rôle et de la place du…

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Comment écrire l’histoire des marges ? Cette question traverse l’œuvre de Michel de Certeau, dans sa dimension théorique, mais aussi pratique : Certeau ne s’installe en effet dans aucune discipline, et aborde chaque domaine en transfuge, tandis que son principal objet d’étude est la façon dont un désir fait face à l’institution. À un moment où, tant historiquement que politiquement, la politique des marges semble avoir été effacée par le capitalisme mondialisé, l’essor des géants du numérique et toutes les formes de contrôle qui en résultent, il est particulièrement intéressant de se demander où sont passées les marges, comment les penser, et en quel sens leur expérience est encore possible. Ce dossier, coordonné par Guillaume Le Blanc, propose d’aborder ces questions en parcourant l’œuvre de Michel de Certeau, afin de faire voir les vertus créatrices et critiques que recèlent les marges. À lire aussi dans ce numéro : La société française s’est-elle droitisée ?, les partis-mouvements, le populisme chrétien, l’internement des Ouïghours, le pacte de Glasgow, et un tombeau pour Proust.