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Les bottes de la statue de Staline abattue lors de l’insurrection de Budapest, en 1956, conservées aujourd’hui à Memento Park. Yelkrokoyade via Wikimédia
Les bottes de la statue de Staline abattue lors de l'insurrection de Budapest, en 1956, conservées aujourd'hui à Memento Park. Yelkrokoyade via Wikimédia
Dans le même numéro

Les démontages du communisme

Les démontages des statues du communisme prennent un sens différent selon les pays, comme en témoignent la destruction d’une stature de Staline à Budapest et des caricatures bulgares en 1956, ou une inscription sur la sculpture de Marx et Engels à Berlin en 1990.

Dans la pièce La Vie de Galilée, dont la première version est écrite en 1939, Bertolt Brecht met en scène un dialogue entre Galilée et ses disciples, lorsque ces derniers apprennent que le savant répudie ses thèses. Déçu par la lâcheté du maître, l’un d’eux dit : « Malheureux le pays qui n’a pas de héros » (Unglücklich das Land, das keine Helden hat). Après plusieurs échanges, Galilée revient sur ce propos et rectifie : « Non, malheureux le pays qui a besoin de héros » (Unglücklich das Land, das Helden nötig hat)1.

Les deux phrases résonnent avec de nombreuses préoccupations, passées et actuelles, autour du déboulonnage d’anciens monuments et de l’érection de nouveaux. Les deux volets de la réflexion interrogent les différentes sociétés contemporaines dans leur rapport aux héros et ouvrent, sur le mode de l’hésitation, l’éventualité de sociétés plus matures car débarrassées du besoin d’héroïsation. Ces phrases trouvent un écho particulier dans les pays qui ont connu le socialisme d’État, où Brecht était une référence intellectuelle. Ces pays ont construit de très nombreux monuments et ils ont eu l’ambition, la prétention de former des citoyens plus éduqués et davantage éclairés (par rapport à ceux des périodes précédentes et de l’Ouest capitaliste). Le rapport aux monuments s’en est trouvé nécessairement affecté et les épisodes

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Jérôme Bazin

Maître de conférences à l’université Paris-Est Créteil, il a notamment publié Réalisme et égalité. Une histoire sociale de l’art en République démocratique allemande (Presses du Réel, 2015) et a été curateur, avec Joanna Kordjak, de l’exposition Cold Revolution (galerie nationale Zachęta à Varsovie, 2021).…

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Patrimoines contestés

Depuis la vague de déboulonnage des statues qui a suivi l’assassinat de George Floyd, en mai 2020, la mémoire et le patrimoine sont redevenus, de manière toujours plus évidente, des terrains de contestation politique. Inscrire ces appropriations de l’espace urbain dans un contexte élargi permet d’en comprendre plus précisément la portée : des manifestations moins médiatisées, comme l’arrachement de la statue d’un empereur éthiopien en Grande-Bretagne, ou touchant à des strates d’histoire inattendues, comme la gestion de la statuaire soviétique, participent d’une même volonté de contester un ordre en dégradant ses symboles. Alors qu’une immense statue célébrant l’amitié russo-ukrainienne vient d’être démontée à Kiev, le dossier de ce numéro, coordonné par Anne Lafont, choisit de prendre au sérieux cette nouvelle forme de contestation, et montre que les rapports souvent passionnés que les sociétés entretiennent avec leur patrimoine ne sont jamais sans lien avec leur expérience du conflit. À lire aussi dans ce numéro : l’histoire, oubli de l’inconscient ?, le prix de l’ordre, pour une histoire européenne, les femmes dans l’Église, les réfugiés d’Ukraine et nos mélancolies secrètes.