Do not follow this hidden link or you will be blocked from this website !

Statue de Colston dégradée exposée au M Shed · Adrian Boliston via Wikimédia
Statue de Colston dégradée exposée au M Shed · Adrian Boliston via Wikimédia
Dans le même numéro

Puissance de l’effigie et tentation destructrice

entretien avec

Claire Barbillon

La tentation destructrice de certains monuments publics est désormais liée à une remise en cause du passé, notamment colonial ou esclavagiste. L’exemple de la statue d’Edward Colston à Bristol montre pourtant une pluralité de destins possibles pour les statues contestées.

Claire Barbillon, professeure d’histoire de l’art à l’université de Poitiers, spécialiste de sculpture et actuelle directrice de l’École du Louvre, invite à replacer les atteintes récentes aux statues et monuments dans une histoire longue de la statuaire publique, qui rappelle que les dégradations sont aussi anciennes que la présence de monuments dans l’espace public, et permet à la fois d’ouvrir et de préciser la signification de ces gestes contemporains.

En quoi peut-on distinguer le vandalisme de l’iconoclasme et dans quelle mesure la contestation ostensible des patrimoines de la colonisation et de l’esclavage, au cours des deux dernières années, relève-t-elle de l’un ou de l’autre ?

L’iconoclasme et le vandalisme ont en commun un passage à l’acte consistant en une dégradation qui peut conduire jusqu’à la destruction totale. En cela, ils prennent le chemin rigoureusement inverse de celui de la création. Employés assez souvent comme des synonymes, ces termes manifestent cependant, selon moi, des différences, du point de vue des faits comme du point de vue du sens. Revenons à leur origine. Le vandalisme est un mot dont on attribue généralement l’invention à l’abbé Grégoire, qui en fit usage, dans un rapport adressé à la Convention en 1794 (Rapport sur les destructions opérées par le vandalisme et sur le moyen de le réprimer) pour dénoncer les destructions massives d’œuvres d’art et de monuments pendant les premièr

Lecture réservée aux abonnés : L'indépendance d'Esprit, c'est grâce à vous !

Claire Barbillon

Professeure d’histoire de l’art contemporain à l’université de Poitiers, directrice de l’École du Louvre, elle a notamment publié Comment regarder la sculpture (Hazan, 2017).

Dans le même numéro

Patrimoines contestés

Depuis la vague de déboulonnage des statues qui a suivi l’assassinat de George Floyd, en mai 2020, la mémoire et le patrimoine sont redevenus, de manière toujours plus évidente, des terrains de contestation politique. Inscrire ces appropriations de l’espace urbain dans un contexte élargi permet d’en comprendre plus précisément la portée : des manifestations moins médiatisées, comme l’arrachement de la statue d’un empereur éthiopien en Grande-Bretagne, ou touchant à des strates d’histoire inattendues, comme la gestion de la statuaire soviétique, participent d’une même volonté de contester un ordre en dégradant ses symboles. Alors qu’une immense statue célébrant l’amitié russo-ukrainienne vient d’être démontée à Kiev, le dossier de ce numéro, coordonné par Anne Lafont, choisit de prendre au sérieux cette nouvelle forme de contestation, et montre que les rapports souvent passionnés que les sociétés entretiennent avec leur patrimoine ne sont jamais sans lien avec leur expérience du conflit. À lire aussi dans ce numéro : l’histoire, oubli de l’inconscient ?, le prix de l’ordre, pour une histoire européenne, les femmes dans l’Église, les réfugiés d’Ukraine et nos mélancolies secrètes.