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Jean-Luc Nancy, via Wikimédia · 2006
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Une perte irréparable… Hommage à Jean-Luc Nancy

décembre 2021

Jean-Luc Nancy (1940-2021) s’est efforcé de penser la finitude contre toute consolation métaphysique, politique ou religieuse. Mais il refusait également la désolation, prolongeant son passage par une greffe de cœur et vivant chaque instant comme unique.

« Tu ne tiens rien, tu ne peux rien tenir ni retenir, et voilà ce qu’il te faut aimer et savoir. Aime ce qui t’échappe, aime celui qui s’en va. Aime qu’il s’en aille1. » Ces mots me hantent depuis le 23 août 2021, lorsque tard dans la nuit, j’ai appris la disparition de leur auteur : « Jean-Luc Nancy s’en est allé, il nous a échappé. » Passé le choc et le recueillement des premiers moments, je ne peux que constater le vide humain et intellectuel immense qu’il laisse derrière lui. À ses obsèques, déjà, nous étions nombreux à regretter le professeur, l’ami, mais aussi le mari, le père ou encore le camarade de mai 1968 qu’il avait été, dans sa singulière pluralité. Depuis, les hommages n’ont cessé d’affluer, soulignant la perte tragique du dernier représentant de la très fameuse génération des philosophes de la déconstruction, un esprit vif, pénétrant et subtil, qui avait su toucher des milliers de lecteurs anonymes à travers le monde et les générations, et leur apprendre à penser.

Il serait vain, cependant, de chercher dans ses œuvres une quelconque consolation : la philosophie de Nancy est avant tout celle d’un deuil qu’aucun travail ne résout, ce qu’il aimait à nommer « la perte irréparable2 ». Au cours de cinquante-cinq ans de carrière, il s’est efforcé de penser la finitude qui se dérob

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Marie Chabbert

Chercheuse à l’université de Cambridge (St John's College), Marie Chabbert se spécialise dans l'étude de la question religieuse dans la pensée française contemporaine. Elle travaille actuellement à son premier ouvrage universitaire, intitulé Faithful Deicides: Contemporary French Thought and the Eternal Return of Religion.

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Le changement climatique a donné un nouveau visage à l’idée de fin du monde, qui verrait s’effondrer notre civilisation et s’abolir le temps. Alors que les approches traditionnellement rédemptrices de la fin du monde permettaient d’apprivoiser cette fin en la ritualisant, la perspective contemporaine de l’effondrement nous met en difficulté sur deux plans, intimement liés : celui de notre expérience du temps, et celui de la possibilité de l’action dans ce temps. Ce dossier, coordonné par Nicolas Léger et Anne Dujin, a voulu se pencher sur cet état de « sursis » dans lequel nous paraissons nous être, paradoxalement, installés. À lire aussi dans ce numéro : le califat des réformistes, la question woke, un hommage à Jean-Luc Nancy, la Colombie fragmentée, la condition cubaine selon Leonardo Padura, et penser en Chine.