L'UMP : ni schisme, ni solution
Après cinq semaines de crise et un accord à l’arraché, l’Ump ressemble à la Belgique de l’année dernière. Flamands et Wallons ont été incapables pendant un an de se mettre d’accord sur un gouvernement, sans que pour autant les performances de l’économie belge s’en ressentent en quoi que ce soit. De même, fillonistes et copéistes s’invectivent sans discontinuer, leurs leaders voient leurs cotes s’écrouler simultanément, mais leur parti gagne toutes les élections partielles.
Certes, il ne faut pas surestimer leur importance. Elles ont été marquées par un taux d’abstention supérieur de 20 à 30% à celui des législatives de juin 2012. Mais ce qui est remarquable, c’est que la déception – impatience ou désorientation? – vis-à-vis des socialistes ne profite nullement aux extrêmes, mais à un parti de gouvernement, privé non seulement d’un chef légitime, mais même de parrains et de faiseurs de roi, Juppé comme Sarkozy ayant prouvé leur incapacité à juguler la crise. Le suicide, prophétisé par un Nicolas Baverez, n’a pas eu lieu : ni fuite protestataire ni glissement vers l’Udi de Borloo. Tant qu’il y aura un PS puissant, il faudra une Ump, ont semblé dire les électeurs de droite.
De quoi est-ce la publicité ? De l’opportunisme de citoyens qui ne confondent pas des législatives avec un simulacre de primaire présidentielle.
Un choc d’ego et de lignes politiques
Cette crise est la rencontre entre deux facteurs : l’équilibre des forces politiques et l’inégalité de statut entre deux trajectoires d’ambition.
L’équilibre des forces politiques a donné au conflit sa longueur, entre les appuis médiatiques et mesurables de Fillon, chez les barons du parti et ses sympathisants, et ceux, plus invisibles, de Copé, chez les cadres moyens et les adhérents, entre deux lignes aussi, celle du centre et celle de la droite, plus ou moins apparentes, entre lesquelles la courte défaite de Sarkozy n’a pas permis de trancher.
Mais l’asymétrie provenant de la différence d’importance de l’enjeu pour les deux protagonistes a donné à la crise sa source et sa dynamique de radicalisation asymétrique. Pour Fillon, la prise de la présidence de l’Ump était surtout défensive, destinée à empêcher Copé d’en faire une machine au service de son ambition. Pour Copé, elle était indispensable à la conquête, en quelques années et quelques élections intermédiaires gagnables, d’un statut de présidentiable, déjà acquis à Fillon par ses cinq années à Matignon. De cette différence de position au départ a découlé un enchaînement de surprises : la défaite de Sarkozy semblait ouvrir à un passage « naturel » de Copé du secrétariat général à la présidence ; inquiet de cette perspective et poussé par de nombreux autres leaders du parti, Fillon annonce sa candidature très tôt, fermant la voie à une hypothèse de présidence arbitrale à la Juppé. Il creuse très vite et maintient son avance dans les sondages effectués auprès des sympathisants (non-électeurs) ; le score très serré, quel qu’il soit, révèle une dynamique Copé, issue de l’abondance de ses meetings et de ses provocations médiatiques ; celui-ci a immédiatement capitalisé cette dynamique en verrouillant sa victoire tôt proclamée.
Fillon se mue alors progressivement en « guerrier ». À la mi-décembre, sa prise de gage sur le groupe parlementaire et son ouverture aux « non-alignés » paraissent prendre le dessus sur la tactique du fait accompli, de l’appel au militant inconnu contre le parlementaire, du pourrissement jusqu’aux fêtes, de son adversaire. Il y aura un nouveau vote en septembre 2013. Copé a dû l’accepter, de peur de se le voir imposer par les parlementaires. Fillon, quant à lui, envisage de ne pas se présenter au nouveau vote : il pourra ainsi soit favoriser un troisième homme pour prendre du champ et un ascendant supplémentaire vis-à-vis d’un retour possible de Sarkozy, soit répondre lui-même à un appel large, cette liberté de choix retrouvée confirmant sa supériorité initiale sur son rival. Il a évité le risque de devenir un nouveau Raymond Barre, respecté mais privé de moyens politiques.
Militants et sympathisants, des intérêts divergents ?
Mais la difficulté politique demeurera. Les électeurs de droite ont certes montré que leur lassitude par rapport à leurs chefs (80% selon les sondages et des éditoriaux cruels du Figaro) ne prendrait pas le dessus, en tout cas à quatre ans et demi de la présidentielle, sur le besoin de faire poids dans les urnes face à une gauche qui détient tous les leviers du pouvoir. Pourtant, les militants ont manifesté un partage, trop serré pour ne pas être gênant, entre deux orientations et deux rhétoriques politiques. Le moindre paradoxe n’est pas que les sympathisants de la droite, réputés de plus en plus poreux aux idées du Front national, se soient montrés plus fillonistes que les adhérents, censés avoir fait barrage à l’extrême droite depuis vingt ans. Conclusion, nécessairement provisoire : le schisme n’aura pas lieu, mais le cap n’est pas fixé, et la longue période jusqu’en septembre 2013 sera propice à la multiplication des pommes de discorde dont beaucoup seront envoyées par le Front national.