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La fin du « pacte » socialiste

janvier 2011

#Divers

Sans surprise, la fin de l’épisode du remaniement ministériel a relancé la compétition au PS. La loi cyclique des médias le veut ainsi, et on peut s’attendre à ce que, d’ici les élections de 2012, la succession des séquences consacrées aux divisions menaçantes des socialistes puis à leur cohésion retrouvée s’accélère. Dans le cas présent, l’événement déclencheur n’était pas artificiel. La mise en ordre de bataille de l’Ump a été spectaculaire, au raté centriste près : un président remis en selle comme candidat incontesté à sa succession, un Premier ministre dont la reconduction envoie un triple message de réussite (relative), de complémentarité et de relève légitime, un nouveau chef de parti dont l’indépendance est validée comme constructive, des ministres chiraquiens dont la présence en force témoigne que les rivalités passées ne barrent pas un avenir commun, à la seule condition de ne pas se transformer en rancune privée comme dans le cas de Villepin.

Guerre de mouvement

Il était donc naturel que cette étape enclenchant la précampagne à droite fît ressortir comme un retard à l’allumage le respect par le PS de son savant calendrier conduisant des conventions au projet puis aux primaires. Très rapidement après le remaniement, des voix se sont fait entendre, timidement, rationnellement, pour recommander aux socialistes d’accélérer leur mise en ordre de bataille. Mais il est revenu à Ségolène Royal, une fois de plus, de prouver son art de saisir le moment et de dévoiler les carences des autres. La préparation de la droite bien sûr, mais aussi la première ébauche d’une bataille de ligne au sujet des propositions sur l’« égalité réelle » entre la droite et la gauche du parti, rejointe par les strauss-kahniens à contre-emploi, créaient un contexte nouveau. Et surtout l’affaiblissement de Martine Aubry après la bataille des retraites. Dès lors, l’« accord » entre le directeur général du Fmi et la première secrétaire du PS prenait un autre sens, celui d’un jeu de dupes au profit du seul Dsk, ou pire, si lui-même renonçait finalement, d’un jeu de dupes engourdissant pour tous les socialistes. C’est cette heure de doute que Royal a fixée en se retirant du « pacte » où elle s’était introduite de force, en posant une interrogation sur le désir de ses rivaux de partir à la conquête de l’Élysée, en captant à son profit l’envie de démarrer qu’auraient pu recueillir Hollande ou Valls. Sa candidature à la candidature souligne à nouveau que la guerre de mouvement sarkozyste trouve chez elle plus de répondant que dans les laborieuses stratégies collectives. Si le flair de la présidente du Poitou-Charente ne s’est pas dissipé, son positionnement politique n’a pas davantage changé, plus préoccupé de consonance avec les émotions populaires que de cohérence de ligne. Ce qui lui ouvre des audiences à la droite comme à la gauche du PS. Mais rien ne prouve que cette liberté lui permette de convaincre qu’elle trouvera une issue à l’impasse entre gauche et droite du PS, comme elle l’avait fait croire en 2006 à une majorité de sondés de gauche puis de socialistes. Pour l’instant ses adversaires devront remiser leurs attaques, en se souvenant qu’ils ne doivent pas lui offrir le cadeau de la victimisation, en guignant les électeurs intermittents qu’elle peut attirer, et, pour le reste, en espérant qu’elle se sabordera toute seule.

L’homme de la situation

La première offensive de Royal, si elle a ramené micros et caméras autour de ses déplacements, n’a pas fait tanguer le couple Aubry-Strauss-Kahn sur le point essentiel du calendrier des primaires avec candidatures déposées en juillet et vote en novembre, pour permettre au dirigeant du Fmi d’accomplir l’essentiel de son mandat. Comment pourrait-il en être aujourd’hui autrement, avec un candidat potentiel qu’aucun sondage ne fait descendre en dessous de la barre des 60 % ? On a à l’esprit les déceptions provoquées par Rocard, Barre ou Delors, à des stades différents de la carrière présidentiable, qui resteront comme autant de variantes d’une figure que la Ve République, personnalisée et bipolarisée, affectionne : le sage, dont les hésitations ou les distances finissent par l’empêcher de devenir philosophe-roi. Mais Dsk a quelque chose de plus que ce profil : il a pour lui la situation. Sauf à imaginer une France plus à feu et à sang que les banlieues en 2005, il est difficile de concevoir que le problème structurant de la présidentielle ne sera pas celui des finances publiques et du rapport avec l’Allemagne, et que le patron du Fmi, bénéficiant aussi du bon souvenir de 1997, ne sera pas perçu comme le seul magicien capable de tirer le meilleur de la France dans la globalisation.

La période qui s’ouvre, de présidence française des G8 et G20, ne va assurément pas faire sortir ces sujets du haut de l’agenda. Le jeu entre Sarkozy et Strauss-Kahn sera compliqué, Sarkozy ayant beau jeu de rappeler qu’il a parrainé la candidature de Dsk et, se faisant un plaisir de souligner les convergences de vues, l’autre saura certainement faire apparaître le rôle régulateur et donc de gauche du Fmi, et sa compétence à formuler des améliorations concrètes, même si les gouvernements, de droite pour la plupart, ne suivent pas.

L’aile gauche du PS appuiera bien sûr la droite dans la mise en exergue des connivences entre le Fmi et les gouvernements de droite. Mais l’envie d’unité et de victoire chez les socialistes, la curiosité pour un changement modéré (dans un monde où la crise n’a pas fait revenir le balancier électoral à gauche) devraient être nettement plus fortes. Ainsi les digues de papier du projet socialiste, dressées par Benoît Hamon contre une émancipation du candidat, ne devraient guère peser. Déjà on lui oppose l’idée d’une fusée « à deux étages », programme du parti, projet personnalisé du candidat. De l’autre côté de l’échiquier socialiste, l’absence de marge de manœuvre est analogue. Comment, pour François Hollande, se « présidentiabiliser » complètement, en feignant de ne pas attendre la décision de Dsk ? Ce serait de plus risquer de s’enfermer dans un combat de seconde division aux allures de comédie de boulevard avec Royal. Valls pourrait reprendre à son compte la stratégie de Royal en 2006 en flirtant avec le populisme pour provoquer le débat, mais il risque de le faire en s’enfermant seulement à droite.

Finalement c’est Royal, une fois de plus, qui surprendra. Elle a déjà reconquis une liberté qu’Aubry s’est refusée. Elle jouera le jeu des primaires, mais annonce déjà une complication des règles de ce jeu en demandant que, dès l’ouverture officielle de la campagne (des primaires), les fonctions de dirigeant du parti et de candidat deviennent incompatibles. Demain, elle pourra demander que le gouvernement du parti soit confié, dans cette période, à une équipe technique neutre. Face à la sagesse collective qui vise à ne pas gêner l’atout-maître que représente Dsk, et à la prudence de Martine Aubry, à laquelle ses partisans ont demandé plus de présence sans qu’on sache bien ce qu’elle peut faire de cette présence, Royal recherche une optimisation du « dispositif » qui, en jouant sur l’impatience et la contestation démocratique, peut perturber un scénario trop bien huilé. Le PS d’Aubry travaille mais les résultats de son travail sont effacés par deux logiques de présidentialisation : le silence de Strauss-Kahn et les coups de Royal.

Michel Marian

Philosophe de formation, il travaille dans le domaine des politiques scientifiques et de recherche. Michel Marian publie régulièrement notes et articles sur la politique française dans Esprit. Il s’intéresse également à l’histoire et à la culture arméniennes, tout comme aux questions de reconnaissance du génocide arménien.…

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