La sécurité sans idéologie


Est-ce parce que le massacre du vendredi 13 novembre 2015 a été dix fois plus meurtrier que les tueries du 7 au 9 janvier ? Ou parce que ses victimes étaient moins précisément ciblées que les dessinateurs de Charlie et les clients d’une épicerie kasher ? Ou plus simplement parce qu’il s’agissait du second attentat dans la même année ? Les réactions aux deux événements ont été assez différentes.

En janvier, la première impression a été celle d’un télescopage des époques : Wolinski, Cabu, ressurgis pour mourir sous les coups d’islamistes issus d’un monde nouveau, mais eux-mêmes apparemment attardés dans leur rancune contre des dessins déjà anciens. Et la permanence de la haine antisémite exprimée deux jours après par Coulibaly n’apportait aucune aide pour inscrire l’événement dans le temps. En novembre, à l’inverse, l’inscription de la plupart des victimes dans la génération bien précise des trentenaires paraît leur tracer un destin, ou du moins une condition réduite comme le fit jadis le sida pour d’autres.

En début d’année, la seconde impression a été celle produite par le clivage entre ceux qui étaient Charlie et ceux qui ne l’étaient pas ; le lieu privilégié de cette manifestation a été l’école. Et, logiquement, la réponse a été cherchée dans les mots, dans le point d’équilibre entre valeurs de la République et écoute de tous. Au prix d’une forme d’infantilisation collective. La soirée de terreur du vendredi a installé une inquiétude plus concrète, dans la durée, un mélange d’accès de peur (comme on l’a vu dès le dimanche dans la panique qui a saisi le rassemblement de la République) et de lutte de chacun contre sa peur.

Mais ce consentement à une certaine durée de l’épreuve n’entraîne ni résignation à verser un tribut semestriel au Minotaure, ni non plus, et c’est la nouveauté, complaisance dans l’incantation. Certes les appels à la solidarité et à une forme d’union nationale n’ont pas manqué, mais ils n’ont pas épuisé le besoin de réponses réelles à la nouvelle situation.

Dès la séance du Congrès à Versailles, première « inflexion » demandée par Sarkozy, Hollande a fixé un nouveau cap à sa politique syrienne, « l’unité d’action avec la Russie », donc la fin du préalable mis dans le départ d’Assad. Après le massacre parisien, la France ne pouvait pas prolonger le risque d’isolement et d’incohérence sur ses priorités en Syrie.

Il en est de même sur le plan des instruments juridiques : les déchéances de nationalité pour les binationaux, le traitement judiciaire des djihadistes de retour de Syrie, l’expulsion des imams radicaux et la fermeture de certaines mosquées sont acquis – le débat porte désormais sur les suites à donner aux fameuses « fiches S ». On ne traite plus par le scandale ou la raillerie les idées sécuritaires de la droite, on leur donne des gages. Hollande fait bien : Jospin avait été balayé non pas par l’économie, mais pour ne pas avoir pris la mesure du climat créé par le 11 septembre 2001.

Mais après ? La seule lueur d’espoir dans ce cauchemar est paradoxalement le degré d’organisation de l’attentat, preuve de l’importance du support de Daech. Si la liberté diplomatique retrouvée permet d’aboutir rapidement à la destruction de Daech, une sortie du tunnel est envisageable. Mais dans le cas contraire, ou si de nouveaux attentats se produisaient, il faudrait rechercher d’autres types de réponse, qui nous arrachent à l’impuissance et à l’infantilisation. Seuls les centristes ont fait une proposition qui va dans ce sens : celle d’une garde nationale, à la façon du xixe siècle, qui protège les villes et apprenne aux citoyens à se défendre. La sécurité est une chose trop sérieuse pour être laissée aux idéologies de gauche, de droite ou d’extrême droite !

18 novembre 2015