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Présidentielle : l’heure du rééquilibrage

décembre 2011

#Divers

Les semaines qui ont suivi la fin de la primaire socialiste ont eu l’allure de ce qu’on appelle en bourse un « rééquilibrage technique ». Sur le plan médiatique d’abord, la surexposition socialiste a cédé la place à un rattrapage du temps d’antenne par la droite. Mécaniquement, la décantation à gauche, l’entrée dans la réalité de la candidature de François Hollande, et peut-être aussi une espèce de triomphalisme prématuré, ont ressoudé autour du candidat de plus en plus évident qu’est Nicolas Sarkozy une partie hésitante, et jusque-là désorientée, de l’électorat de droite. De ce côté, le climat est passé d’une griserie de la défaite acceptée à un regain de combativité et à un retour de l’espoir, encouragés par deux prestations réussies à la télévision, contrastant avec une longue discrétion. L’une a permis au président de magnifier sa cogestion de la crise européenne avec Angela Merkel, l’autre de se faire décerner en direct un brevet de leadership par Barack Obama.

Mouvements de balancier

Pendant la même période, Hollande a connu trois revers d’inégale gravité. D’abord, lui qui avait brillamment maîtrisé les rythmes de sa précandidature puis de sa candidature à la primaire, n’a pas réussi à préserver longtemps la « diète médiatique » qu’il s’était publiquement promise le soir de sa victoire, pour prendre du champ et recréer de l’attente. Ensuite, l’aptitude au rassemblement, qu’il avait su démontrer de façon continue entre la fin mai (mise à l’écart de Dsk) et la mi-octobre, a été démentie publiquement par la virulence des attaques de Jean-Luc Mélenchon et les scènes de comédie auxquelles a donné lieu la signature de l’accord avec les Verts. Comme si Hollande rencontrait, devant les marches du pouvoir, le même obstacle que Jospin avec sa gauche plurielle après cinq ans de gouvernement. Enfin, et surtout, l’aggravation de la crise des dettes européennes, et l’affaissement d’une croissance déjà faible, ont rendu obsolète le projet socialiste et font apparaître rétrospectivement les débats de la primaire comme une bulle enchantée.

Certes, aucun de ces insuccès n’est rédhibitoire. La plongée forcée dans l’arène peut avoir les vertus d’un entraînement. L’outrance des attaques sécrète ses propres antidotes, et Mélenchon s’est fait rappeler à l’ordre par ses alliés communistes. La ligne médiane qu’a défendue Hollande sur le nucléaire, aussi bien dans la primaire qu’après, peut, à terme, convaincre davantage que le jusqu’au-boutisme écologiste ou l’intimidation conservatrice de l’Ump et du lobby d’Areva et d’Edf, mais une affirmation plus forte de cette ligne au moment de la négociation lui aurait évité un trou d’air dans les sondages de premier tour. Quant au projet socialiste, déjà réduit par Michel Sapin, en charge du projet du candidat, à un simple diagnostic partagé, il ne devrait pas être un boulet. La stratégie de Hollande, qui semble être de ne pas se lier dans un accord de gouvernement trop exclusif, n’est pas réduite à néant. Le rééquilibrage entre Hollande et Sarkozy demeure d’ailleurs limité à ce jour. Il semble seulement confirmer que, face à un candidat socialiste qui séduit au centre, la droite n’a pas eu tort de commencer par cimenter ses propres rangs.

La valse européenne

Pourtant, ce retour attendu à un suspense bipolaire a quelque chose d’incongru dans le contexte d’une crise économique européenne qui est devenue une crise politique. Curieuse Europe, où coexistent aujourd’hui d’un côté un gouvernement grec d’union nationale (jusqu’à l’extrême droite), un gouvernement italien apolitique composé d’experts et d’autorités de la société civile, et de l’autre un directoire franco-allemand, de dirigeants et d’équipes politiques classiques, qui a mis en place les précédents. Situation éminemment instable pour plusieurs raisons. D’une part, parce que chaque nouvelle élection semble devoir accoucher d’une formule nouvelle. Ainsi de l’Espagne, où la droite, dont la victoire est pourtant écrasante, semble prête à tenir compte du mouvement des « indignés » en envisageant une large ouverture à la société civile. D’autre part, parce que la question même de l’organisation européenne est devenue centrale pour toutes les politiques intérieures. Enfin, parce qu’en infligeant à Papandréou une punition capitale pour avoir osé projeter une relégitimation par référendum, Merkel et Sarkozy ont peut-être joué aux arroseurs arrosés et déclenché une autre séquence de dominos, les dominos politiques après les dominos économiques. Ils ont du moins pris le risque de se présenter comme un syndicat des sortants. C’est aussi l’image que donnait la prestation croisée d’Obama et de Sarkozy.

Certes, en s’accrochant à Merkel, en martelant le modèle allemand (nucléaire excepté), en annonçant, par le canal de Bruno Le Maire, un programme commun Cdu-Ump, en évoquant des avancées fédéralistes, Sarkozy prend un temps d’avance sur Hollande et l’enferme dans le piège d’une alternative entre suivisme et prise de distance par rapport à une chancelière avec laquelle il devra coopérer s’il est élu. Mais, en sens inverse, en dramatisant, en situant les enjeux au niveau d’un tournant historique, il accrédite le besoin d’un changement et ouvre l’espace à une coalition qui, pour passer le cap, s’appuie sur une légitimité plus large que celle d’un camp, et sur un mode de gouvernance plus consensuel que le sien. Si cette attente se développe, au-delà du besoin de protection communément attesté, Hollande peut en profiter, mais aussi Bayrou, qui excipera de ses longs états de service en faveur d’une forme ou d’une autre d’unité nationale.