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PS : les premiers fruits du choix de Martine Aubry

mars/avril 2009

#Divers

Les combinaisons qui ont conduit à la désignation de Martine Aubry à la tête d’une des motions du PS, puis les conditions contestées dans lesquelles elle a été finalement élue première secrétaire, de très peu, à deux doigts d’être emportée avec la plupart des barons par une vague ségoléniste que gonflait chaque tour d’élection, semblaient marquer ce choix des sceaux du hasard et de l’éphémère. Mais au contraire, trois mois après, cette victoire apparaît comme une forme de nécessité.

Un style en phase

Martine Aubry est en effet en phase avec deux traits majeurs de la nouvelle situation : le retour d’une rhétorique de gauche à la faveur de la crise bien sûr, qui lui a permis d’affirmer une dynamique au premier tour face à Delanoë, mais aussi, plus récemment mais peut-être tout aussi durablement, le rejet du style sarkozyste. La nouvelle première secrétaire cultive en effet deux qualités éminemment non sarkozyennes : la sobriété et la cohérence. On entend encore dire qu’on… n’entend pas assez le PS, mais ces discours sont moins la marque d’un constat que d’une attente accrue. Du côté du pouvoir, on répète que le PS s’enferme dans un discours archaïque de relance par la consommation mais c’est au moment où, devant l’approfondissement de la crise, de plus en plus de voix réclament une réponse par « le choc et la surprise » d’un soutien massif au pouvoir d’achat des plus démunis. Qu’aurait-on dit si le PS avait porté à sa tête Ségolène Royal qui, un jour, met en relief les passages possibles avec l’extrême gauche et, le lendemain, les vertus de l’union nationale ?

Martine Aubry a pris peu de décisions de ligne depuis le congrès de Reims, mais ce sont des décisions qu’elle a pu faire fructifier. Son discours au congrès a été marqué par des accents hugoliens pour réclamer le retour du PS aux côtés des syndicats dans la rue. On l’a un peu moquée pour son absence d’invention. Le mois de janvier lui a permis de mettre cette posture en application dans une occasion plutôt réussie, le 19 janvier. Elle a donné une forte coloration de gauche à son contre-plan de relance. Le mécontentement antigouvernemental et la repolarisation droite-gauche lui ont permis d’enfoncer le clou en proposant quelques semaines plus tard une aide immédiate de 500 euros à 13 millions de foyers. Elle a enfin déterminé une seconde priorité, la défense des libertés et l’on peut compter sur le président de la République pour nourrir cette campagne. Pour le reste, son choix semble être plutôt la présence dans les mouvements par le biais des élus locaux (en Guadeloupe) ou des acteurs sociaux (dans le cas de l’université) sans faire monter en ligne, comme on avait pu le croire, un gouvernement fantôme porteur de réformes alternatives dans chaque cas. L’éviction de Vallini a sonné le glas de cette option, peut-être à cause du tempérament de la première secrétaire, mais surtout de par le choix d’une méthode de concentration et de progressivité qui n’est pas sans efficacité pour redonner de la force à la voix du PS.

Résistibles pressions sur la gauche

Cependant, cette stratégie est contestée en son cœur comme une dérive du PS vers la radicalité. Les deux abcès de fixation de cette critique sont la popularité d’Olivier Besancenot et les outrances de Benoît Hamon. On compare le risque que représente le Npa à celui qu’a fait planer le FN sur la droite pendant vingt ans. Mais cette comparaison n’est guère convaincante. D’abord parce que l’extrême gauche n’a pas encore prouvé sa capacité ni même sa volonté d’empêcher le report de ses électeurs sur la gauche au second tour. Ensuite parce que Besancenot n’est pas aussi facilement diabolisable que Le Pen, ce qui laisse aux socialistes plus de marges de manœuvre vis-à-vis de lui que n’en avait la droite par rapport à Le Pen. Or, le principal problème du PS en 2009 n’est pas celui de sa crédibilité économique. Celle-ci est incarnée par la présence de Strauss-Kahn et Lamy à la tête d’organisations internationales ou même les souvenirs du gouvernement Jospin. La difficulté majeure est celle de son audience chez les électeurs attirés par la remise en cause du « système », et donc de sa capacité à les réorienter vers un programme de gouvernement différent de celui de la droite.

Quant à la gestion du cas Hamon par Aubry, on peut y retrouver le style qui était celui de Mitterrand vis-à-vis de Chevènement dans les années de conquête du pouvoir. Lui confier les responsabilités les plus en vue (à l’époque le programme, aujourd’hui le porte-parolat : autres temps…), à la mesure de ce qu’il incarne, mais à chaque dérapage (retour à l’autorisation administrative de licenciement pour Hamon, axe de sécurité passant par Moscou pour Chevènement), tout en maintenant l’intéressé en fonction, rappeler aussitôt et sèchement qui est le patron. C’est cet exercice très mitterrandien de l’autorité souveraine, imprévisible mais rationalisable après coup, qu’Aubry pratique dans d’autres affaires, comme elle l’a montré en privant de soutien Julien Dray, mais en réaffirmant sa confiance dans l’honnêteté de Kouchner.

Moins à la merci de ceux qui l’ont faite reine, puisqu’elle a réussi à enfoncer un coin entre Fabius et Bartolone, Aubry devra néanmoins faire attention à ce que les déçus des futures investitures ou nominations n’aillent pas renforcer le camp de celle qui demeure une rivale, et tenter de gérer le retour des ségolénistes dans la direction avant les élections européennes, d’autant qu’ils lui donnent un point d’appui contre un axe de gauche qui tente de durcir le programme du PS par rapport au Manifeste des socialistes européens.?Mais cette crise-ci ne joue pas contre l’Europe. Cela aussi sert Aubry. D’autres décisions peuvent être délicates à prendre, comme celle sur la réintégration de la France dans l’Otan, où il peut être utile de laisser Bayrou et les villepinistes attaquer Sarkozy, mais où il faudra choisir, par exemple, de se joindre à la demande d’un vote parlementaire.

Depuis que la crise, avec la demande d’État et de régulation qu’elle suscite, a mis durablement Sarkozy à contre-emploi, l’opposition nette mais économe d’Aubry ne peut que réussir au PS. La rhétorique du « juste échange » permet encore de gagner du temps par rapport à la demande de protectionnisme. Pour gagner les échéances principales, il faudra plus de souffle et de vision. Mais cela peut attendre et doit mûrir.

Michel Marian

Philosophe de formation, il travaille dans le domaine des politiques scientifiques et de recherche. Michel Marian publie régulièrement notes et articles sur la politique française dans Esprit. Il s’intéresse également à l’histoire et à la culture arméniennes, tout comme aux questions de reconnaissance du génocide arménien.…

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