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Dans le même numéro

À propos du durcissement du pouvoir iranien

juin 2006

#Divers

Comment comprendre la stratégie du président Mahmoud Ahmadinejad sur le dossier nucléaire et le durcissement contre les intellectuels iraniens dont témoigne l’arrestation de notre ami Ramin Jahanbegloo ? Soutenu par le Guide suprême, l’ayatollah Khamenei, le nouveau président s’est rapproché des « durs » de la première phase de la révolution khomeinyste et des anciens combattants de la guerre Iran/Irak. Mais il cherche également à consolider un pouvoir encore fragile en radicalisant et en régionalisant la querelle internationale du nucléaire iranien.

Nous publions ici deux textes de nature bien différente. Tout d’abord une pétition en faveur de notre ami Ramin Jahanbegloo, lancée le 4 mai 2006 après que nous eûmes appris son arrestation à Téhéran le 28 avril. Depuis, nous savons que Ramin Jahanbegloo a été conduit dans l’infirmerie de la prison centrale d’Evin où il est détenu à Téhéran et qu’il a eu à plusieurs reprises l’occasion d’appeler ses proches. Dimanche 14 mai, une première pétition publique est parue en Iran. Depuis la France et le Canada, une vaste protestation internationale s’est organisée1. Le texte de Jean-François Bayart porte pour sa part sur le sujet de la perspective de voir l’Iran produire une bombe nucléaire et sur la stratégie internationale la plus adaptée en cette circonstance.

Mais comment comprendre simultanément la stratégie du président Mahmoud Ahmadinejad sur le dossier nucléaire et le durcissement contre les intellectuels dont témoigne l’arrestation de Ramin Jahanbegloo ? Esprit n’a pas pris l’initiative d’une pétition en faveur de notre ami pour laisser croire que son arrestation correspondrait à un dérapage malheureux. Bien au contraire, nous pensons avec d’autres, Jean-François Bayart le dit à sa manière, qu’on assiste indéniablement à un durcissement du régime, mais nous affirmons également que celui-ci doit être interprété à la fois comme un épisode de la guerre des ayatollahs et comme une réponse à une situation internationale et régionale qui tire les conséquences des perturbations intervenues depuis la guerre déclenchée contre l’Irak.

Nous l’avons souligné dans le dossier de la revue portant sur la région en mai 2005, Samir Frangieh y a insisté2, la question chiite est revenue au premier plan et, avec elle, la place de l’Iran dans cette zone moyen-orientale. Tel est l’arrière-plan historique qui permet de comprendre dans quel climat se déroulent les débats relatifs à l’acquisition présumée du nucléaire militaire par les Iraniens.

Un premier scénario considère que l’Iran appartient à « l’axe du mal » (Hillary Clinton elle-même : « On s’est trompé d’ennemi, le problème n’était pas l’Irak mais l’Iran ») et, qu’à ce titre, il doit renoncer à l’enrichissement de l’uranium et, donc, à l’option d’une filière militaire nucléaire. Et l’on en appelle alors à une politique sévère de sanctions et d’embargo, voire à une réplique militaire. Ce scénario, celui des néoconservateurs américains (Bush a qualifié l’Iran de « régime le plus nuisible de la planète »), est repris en France par exemple par Thérèse Delpech :

Recourir à la force, écrit-elle, n’est pas souhaitable ; ce n’est, toutefois, pas impossible ; il ne s’agirait en aucun cas de détruire tous les sites nucléaires et balistiques, mais uniquement les principaux ; et l’objectif ne serait pas de mettre un terme définitif au programme, mais de le retarder de plusieurs années. Si les États-Unis sont incapables de mener une telle action, alors il est inutile qu’ils élaborent des plans compliqués pour savoir comment la VIIe Flotte pourrait contrer une attaque chinoise contre Taïwan, car la difficulté des opérations serait d’un tout autre ordre3.

Mais ce scénario a un défaut majeur : son assurance excessive sur l’état du nucléaire iranien et sur les conditions de son développement qui revient à oublier un peu vite les erreurs et les mensonges de la politique américaine en Irak4 ; mais aussi de ne pas saisir que la population iranienne, si distante soit-elle vis-à-vis du pouvoir, n’acceptera pas des diktats externes considérés comme « impérialistes ».

Un deuxième scénario considère que l’Iran n’a pas encore franchi la ligne jaune (passage de l’uranium enrichi au nucléaire militaire) et que le régime a révélé rétrospectivement un « état de fait » nucléaire qu’il cachait jusqu’alors. Dans cette perspective, interdire l’accès au nucléaire civil au nom de la bombe n’est guère tenable5.

Enfin, un troisième scénario met en avant l’inéluctabilité d’une expansion des membres du club nucléaire militaire, et s’inquiète d’éviter les dérives d’une prolifération incontrôlée et de construire les conditions d’une dissuasion élargie.

Mais, au-delà des stratégies retenues, les polémiques relatives au nucléaire iranien6 sont un élément d’explication du durcissement du régime du président Ahmadinejad. Comme le soulignent J.-F. Bayart et la plupart des observateurs, on a moins assisté il y a un an à une victoire de celui-ci qu’à l’échec des réformistes regroupés autour de l’ayatollah Khatami. Arrivant par surprise il y a un an, affaibli par les échecs de son plan de relance économique, le président soutenu par le Guide suprême doit asseoir son pouvoir sur le très court terme, ce qu’il tente de faire en réaffirmant un choix stratégique datant d’avant son élection, en radicalisant le conflit sur le nucléaire.

Finalement, Ahmadinejad n’est-il qu’un simple pion dans le jeu qui opposerait le Guide de la révolution [l’ayatollah Khamenei] à Akbar Hashemi-Rafsanjani – l’homme qui, depuis quinze ans, s’efforce d’incarner une troisième voie entre conservatisme et libéralisme ? Ou bien faut-il voir en lui l’outsider à la Poutine qui s’efforce d’amasser le maximum de pouvoir à la suite d’une nomination due un peu au hasard ? Toute la question est là7.

Il souligne également que le président renouvelle les réseaux de pouvoir et les alliances en faisant appel sur le plan politique aux éléments les plus durs de la phase khomeinyste gravitant autour des pasdarans (gardiens de la révolution) et des bassijis (les Mobilisés), mais aussi en nouant des liens avec des membres du clergé qui l’ont rapproché du Guide de la révolution Ali Khamenei. Cette volonté de constituer des réseaux politiques et religieux, autant de bases pour un pouvoir faible, s’accompagne de relations privilégiées avec les anciens combattants de la guerre Iran-Irak et d’une rhétorique anti-impérialiste renforcée.

On ne peut comprendre, toujours selon Olivier Roy, la politique d’Ahmadinejad si l’on néglige sa dimension radicale tiers-mondiste et nationaliste qui place l’Iran aux côtés de Cuba, du Venezuela et de la Bolivie dans une position structurelle à ce qui est perçu comme l’impérialisme américain.

Désireux d’occuper le pouvoir dans un rapprochement avec le Guide suprême, le président a choisi d’accélérer l’issue de la crise suscitée par le programme nucléaire. Il multiplie parallèlement les déclarations antisionistes, tout en versant dans un négationnisme odieux. C’est d’ailleurs sans doute pour avoir dénoncé cet antisémitisme dans la presse espagnole que Ramin Jahanbegloo est devenu la cible du pouvoir. Mais l’épreuve de force revendiquée et assumée avec les Occidentaux n’est pas sans danger pour Ahmadinejad. Alors que trois pays de la région – Israël, le Pakistan et l’Inde – disposent de la bombe, l’Iran estime ne pas pouvoir atteindre le statut de puissance régionale sans celle-ci. Dans cette perspective, la stratégie iranienne cherche à « régionaliser » la crise (d’où l’escalade inqualifiable des propos antisémites, le soutien affiché par Téhéran au Hamas et au Hezbollah, et la présence des services secrets et des pasdarans en Irak) pour mieux sortir du face-à-face avec les seuls Occidentaux. Mais, comme l’issue de ce bras de fer est incertaine (déroute économique, revendications populaires…), le président Ahmadinejad prend le risque d’être révoqué par le Guide suprême qui appellerait alors à de nouvelles élections.

Si le durcissement iranien est indiscutable, il ne faut pas sous-estimer le lien entre cette radicalisation et la volonté d’un outsider de renforcer un pouvoir fragile. Qu’en conclure ? Que plusieurs scénarios sont possibles, que la confrontation directe avec les ennemis de la région est un atout pour le président, mais aussi qu’il ne faut pas perdre de vue le problème majeur du risque de prolifération.

Comme l’Iran a été signataire du traité de non-prolifération nucléaire Tnp (au contraire de l’Inde, du Pakistan et d’Israël), son retrait signifierait la mort du traité… et une escalade porteuse de lourdes menaces8.

La crise iranienne revêt donc une double dimension : d’une part un durcissement interne, correspondant à une phase politique postréformiste, qui consiste à consolider le pouvoir présidentiel au profit du Guide suprême ; et de l’autre le risque d’une prolifération nucléaire affectant à moyen terme l’équilibre entre les puissances disposant du nucléaire militaire.

L’ordre nucléaire mondial, fondé sur le Tnp de 1968, a été voulu et conçu par quelques puissants (principalement les États-Unis et l’Union soviétique) pour interdire à la masse des États de la planète – avec leur consentement – de s’approprier le feu nucléaire. Cet ordre est clairement inégal. Il sépare les « élus » qui disposent de l’arme atomique et ont le droit de la conserver (États-Unis, Russie, Chine, Royaume-Uni et France) des autres, lesquels doivent renoncer à l’acquérir. Si la quasi-totalité des États adhère à ce dispositif, c’est parce que presque tous savent qu’ils ne seront jamais en mesure de se doter d’un potentiel nucléaire militaire. Dès lors, mieux vaut adhérer à un système (le Tnp) qui « ligote » le plus grand nombre de pays possibles. Mais qu’un rebelle (Corée du Nord, Iran) surgisse, revendiquant son droit au nucléaire militaire, et beaucoup l’approuvent, discrètement ou ouvertement : lui ose briser le tabou et affirmer son égalité face aux puissances établies9.

Face à la crise provoquée « à retardement » par le nucléaire iranien, Américains et Européens doivent se demander quelle stratégie suivre pour « ne pas faire fausse route » (comme l’écrit J.-F. Bayart), et surtout pour ne pas répondre à une fuite en avant programmée par une autre radicalisation ? S’engager en faveur de la libération de Ramin Jahanbegloo, reconnaître le durcissement du régime, ne signifie pas qu’il faille choisir la voie de l’escalade en ce qui concerne l’accès de l’Iran au nucléaire. En ce sens, au-delà du choix délibéré d’une pression à exercer sur l’Iran, il n’est pas inutile de s’arrêter sur les stratégies concevables. Si l’on s’est trompé d’ennemi à propos de l’Irak, selon Hillary Clinton, mieux vaudrait éviter de ne pas se tromper à nouveau… Et cela même si l’Iran n’est en rien un régime ami et que la campagne conduite contre des intellectuels accusés de connivence avec l’étranger mérite d’être dénoncée sans concession.

Pour la libération de Ramin Jahanbegloo

Intellectuel, enseignant, homme de revue, Ramin Jahanbegloo a été arrêté le vendredi 28 avril 2006 à l’aéroport de Téhéran.

Après plusieurs jours de silence, le pouvoir iranien a annoncé officiellement le mercredi 3 mai 2006 qu’il était détenu, dans des conditions que nous ne connaissons pas.

Homme de dialogue et de non-violence, auteur d’un ouvrage sur Gandhi et de livres d’entretiens avec de grands intellectuels européens comme Isaiah Berlin et George Steiner, Ramin Jahanbegloo est un « passeur culturel » indispensable. Nous avons pu en juger par les nombreuses actions communes dont il a pris l’initiative.

Très inquiets sur le sort de notre ami, nous exigeons sa libération immédiate.

Paris, le 4 mai 2006

George Steiner, Richard Rorty, Timothy Garton Ash, Edgar Morin, Claude Lefort, Pierre Vidal-Naquet, Toni Negri, Kostas Axelos, Étienne Balibar, Pierre Hassner, Olivier Roy, François Burgat, Benjamin Stora, Jacques Bouveresse, Adam Michnik (rédacteur en chef, Gazeta Wyborcza), Michel Rocard, Daniel Cohn-Bendit, Laurent Fabius, Bernard Cassen (président d’honneur d’Attac France), Driss El Yazami (secrétaire général de la Fidh), Zoé Castoriadis, Giancarlo Bosetti (revue Reset), Olivier Mongin (revue Esprit), Bernard Condominas (Éditions du Félin), Marcel Gauchet (revue Le Débat), Jean-Claude Casanova (revue Commentaire), Kenneth Brown (revue Méditerranées), Pierre de Charentenay (revue Études), Jean-Luc Mouton (Réforme), Carl-Henrik Fredriksson (Eurozine), Thierry Fabre (revue La Pensée de Midi), François Gèze (Éditions La Découverte), Henry Dougier (Éditions Autrement), Nicolas Tenzer (revue Le Banquet), Michel Crépu (Revue des Deux Mondes), Jean Meyer (revue Istor), Guy Aurenche (président d’honneur de la fédération internationale de l’Acat), Ebrahim Moosa (Associate Professor, Duke University), Houchang Chehabi (Boston University), Malek Chebel, Joseph Maïla, Hélé Béji, Abdelwahab Meddeb, David Curtis (association Agora international), Jean Delumeau, Claude Langlois, Jean Baubérot, Peter Kemp (président de la Fédération internationale des sociétés de philosophie), Jean-Baptiste de Foucauld (président de l’association Démocratie et spiritualité), Angelika Beer (présidente de la délégation du Parlement européen pour l’Iran), Edelberto Torres Rivas, Carlos Ivan Degregori, Gabriel Zaid, Nadia Urbinati, Thérèse Delpech, Franck Frégosi, Bernard Hourcade, Fehti Benslama, Robert Castel, Paul Thibaud, Antoine Garapon, Bernard Manin, Olivier Abel, Daniel Lindenberg, Claude Habib, Dominique Vidal, Éric Rouleau, Daniel Pécaut, Joël Roman, Gilles Bataillon, Jean-Louis Schlegel, Bujor Nedelcovici, Mireille de Sousa, Jean-Claude Eslin, Frédéric Worms, Michaël Foessel, Marc-Olivier Padis, Jean-Luc Pouthier, Gil Delannoi, Alain Ehrenberg, Françoise Gaillard, Hugues Lagrange, Jean-Claude Monod, Serge Audier, Jean-Philippe Béja, Thierry Pech, Michel Marian, Philippe de Lara, Marc Crépon, Bernard Perret, Jacques Donzelot, Najet Mizouni, Myriam Revault d’Allonnes, Véronique Nahoum-Grappe, Barbara Cassin, Pierre-André Taguieff, Yan de Kerorguen, Laure Adler, Hervé Hamon, Georges Nivat, François Fejtö, Emmanuel Wallon, Alain Borer, Claudia Moatti, Michel Morineau, Pierre Dumesnil, Christian Descamps, Dick Howard, Bernard Stiegler, Rachid Benzzine, Yann Richard, Pierre-Alexandre Bliman, Jeanne Favret-Saada, Goulven Boudic, Alain Douchevsky, Alain Bergounioux, Sergio Coronado…

La liste complète des signataires se trouve sur notre site www.esprit.presse.fr

Pour vous associer à cet appel : redaction@esprit.presse.fr

Télécopie 00 33 1 48 04 50 53

Pour toute information sur la campagne en cours pour la libération de Ramin Jahanbegloo : http://raminj.iranianstudies.ca/

  • 1.

    Dont l’actualité se trouve sur le site http://raminj.iranianstudies.ca/

  • 2.

    Voir Samir Frangieh, « État et guerre religieuse : le Liban, l’action du Hezbollah et la question chiite », Esprit, mai 2005.

  • 3.

    Thérèse Delpech, « L’Iran et la bombe : options de fin de partie », Politique internationale, no 111, printemps 2006. Voir aussi id., l’Ensauvagement, Paris, Grasset, 2005 et id., l’Iran, la bombe et la démission des nations, Paris, Autrement, 2006.

  • 4.

    Pour le chercheur Bruno Tertrais, qui n’est pas particulièrement sur une ligne antiaméricaine : « Il n’y a pas de certitude absolue quant à la volonté de l’Iran de se doter effectivement d’une arme nucléaire opérationnelle. Ce qui ne fait pas l’ombre d’un doute, c’est que l’Iran cherche à disposer de tous les outils nécessaires pour être au seuil nucléaire. Veut-il le franchir et aller jusqu’à l’opérationnel ? Ce n’est pas certain, même si tout indique que l’Iran va dans ce sens. De ce point de vue, je ne fais pas vraiment de différence entre la composante civile et la composante militaire du programme. Je fais partie de ceux qui ne rejettent pas totalement l’argumentation iranienne consistant à dire qu’il y a une vocation civile, une vraie ambition énergétique car il faut préparer l’avenir. L’Iran ne souhaite pas, comme les monarchies pétrolières du Golfe, se reposer sur la rente du pétrole. Il réfléchit au contraire à vingt ans, trente ans », dans Libération 13-14 mai 2006.

  • 5.

    Voir le récent livre de Claire Tréan, le Paradoxe iranien, Paris, Robert Laffont, 2006. Ce livre, composé d’entretiens réalisés au cours d’un voyage de cinq mois effectué après l’élection du président Ahmadinejad, fait l’objet d’un compte rendu de Pierre Hassner dans ce numéro.

  • 6.

    Voir aussi le dialogue entre Bruno Tertrais et Pierre Hassner dans Esprit, février 2006, et la discussion entre Bruno Tertrais, Bernard Hourcade et Azadeh Kian-Thiébaut, dans Libération, 13-14 mai 2006.

  • 7.

    Olivier Roy, « Faut-il avoir peur d’Ahmadinejad ? », Politique internationale, no 111, printemps 2006.

  • 8.

    O. Roy, « Faut-il avoir peur d’Ahmadinejad ? », art. cité.

  • 9.

    Philippe Moreau Defarges, « L’Iran et la bombe : un faux problème ? », Politique internationale, no 111, printemps 2006. Bruno Tertrais propose de son côté une analyse éclairante comparant les « nucléaires » indien et iranien : « Une erreur a été faite jusqu’en 2001-2002 par beaucoup de diplomates occidentaux, y compris français. Croyant que l’Iran allait devenir démocratique, et qu’il abandonnerait alors le nucléaire, ils pensaient que la question nucléaire n’était pas importante. Cela dit, il y a deux dimensions [à envisager]. La première est que l’Iran est un membre du Tnp, au bord de la sortie du Tnp, même si je ne suis pas sûr qu’il veuille en sortir – il veut plutôt garder les deux fers au feu. La seconde est que l’avenir du Tnp se joue dans ce pays, avec un pouvoir complexe, autoritaire, quasi fasciste à certains égards, démocratique à d’autres. Le parallèle fait avec l’Inde est intéressant car l’Iran se voit volontiers comme ce pays. Je ne serais pas surpris que les Iraniens, en voyant l’évolution de l’attitude occidentale à l’égard du nucléaire indien depuis 1998, se disent : 1) les Indiens ont gagné leur pari qui est d’utiliser la carte nucléaire pour se voir reconnaître comme une quasi grande puissance ; 2) les Occidentaux finiront bien par accepter le statut nucléaire de l’Iran, comme ils l’ont fait pour l’Inde. Mais les Iraniens se trompent : l’attitude des Occidentaux, et notamment des Européens, est déterminée par l’avenir du régime de non-prolifération. De ce point de vue, l’Inde et l’Iran ont deux situations juridiquement différentes. De plus, la nature du régime est différente de celle de l’Inde et une éventuelle capacité nucléaire au Moyen-Orient aurait des conséquences stratégiques beaucoup plus graves », dans Libération 13-14 mai 2006.