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Décaporaliser le PS

février 2009

#Divers

Benoît Hamon est omniprésent sur les écrans et dans la presse. On se le dispute. Et pour cause : « porte-parole » d’un nouveau Parti socialiste très hybride désormais dirigé par Martine Aubry, il a le droit légitime à l’intervention publique plus souvent que d’autres, même si un Montebourg bénéficie de l’avantage comparatif que procure l’art de la parole de l’avocat (mais on reste loin de la force rhétorique et de la continuité des convictions d’un Badinter). Mais surtout Hamon est jeune (pas si jeune que cela en réalité puisque sa biographie officielle raconte qu’il vient de chez Rocard – une Rocardie dont on va finir pas s’apercevoir qu’elle a produit tout et son contraire, un peu comme le Cérès de Chevènement ! – et d’un syndicalisme étudiant en passe de devenir l’unique machine à produire des cadres socialistes). Voilà ce qui en fait un chéri des médias qui oublient grâce à lui la rhétorique répétitive de Besancenot. Au Conseil de Paris, Bruno Julliard, ex-leader de l’Unef devenu un compagnon de route de Bertrand Delanoë, doit envier, en compulsant ses dossiers, cette reconnaissance rapide !

Machines arrière toutes !

Le voilà donc personnifié, le renouvellement du Parti socialiste : quelqu’un de jeune qui parle moins avec sérieux qu’avec une arrogance et une assurance butée qui font regretter à certains l’humour voltigeur de François Hollande. Mais plus encore, et c’est l’essentiel, Hamon a le look : les journalistes adorent son costume noir d’architecte, sa chemise blanche et ses baskets conformes. Mais suffit-il d’avoir le bon look du Breton qui regarde vers Paris plutôt que vers l’océan pour faire vibrer la vie politique et en modifier les coordonnées idéologiques ?

Si les médias l’aiment tant, il a pourtant tendance à lasser et à fatiguer ceux qui l’écoutent à force d’asséner des évidences, de presser la rhétorique et de résister au renouvellement des logiciels.

Le sommet a été atteint à l’occasion d’un entretien dans Le Journal du dimanche daté du 4 janvier 2009. À une question portant sur les idées nouvelles du PS, Hamon affirme sans hésiter que le Parti est au travail et que les idées ne vont pas manquer.

Pour preuve, il assène une dialectique qui se révèle finalement assez sommaire : on vient de vivre, nous dit-il, une terrible crise financière qui anticipait une grave crise économique dans laquelle nous sommes déjà englués (des entreprises vont fermer en nombre), et tout cela va déboucher inéluctablement (mouvement lycéen aidant !) sur une crise sociale sans précédent et donc explosive. Cela ne fait pas de doute :

Le PS a une responsabilité : construire une doctrine pour notre retour au pouvoir dans un monde chamboulé […] Mais il y a toute une architecture à repenser […] La crise financière a provoqué la crise économique. La crise économique entraînera la crise sociale. La crise sociale forcera la crise politique. Il faudra attendre que la crise sociale, qui se répand partout dans le monde, trouve son débouché politique pour que les vraies ruptures s’opèrent.

On ne sait pas quelle forme cela prendra, mais ça va chauffer et Hamon sera dans la rue avec le Parti, avec ses baskets et son costume noir d’archi ! Voilà donc l’idée nouvelle pour l’année 2009 commençante, la pensée politique revigorée par Hamon pour le PS : attendre les vraies ruptures, attendre que cela explose pour montrer que le Parti est là et bien là, l’unique contre-pouvoir à la hauteur de la situation… car capable d’occuper le pouvoir. Le PS ne saurait donc pas faire autre chose que prendre le pouvoir quand la situation historique le lui donne. De l’écriture automatique en politique ! On est loin du sens stratégique, souvent machiavélique, d’un Mitterrand qui ne se contentait pas de la dialectique à la petite semaine ni des effets de bretteur doué pour la rhétorique.

Le travail dans la discipline…

Mais au fait : de qui Hamon est-il le porte-parole ? Du PS, des militants, des adhérents, du syndicalisme étudiant et lycéen, de Martine Aubry, de son propre courant ou bien de lui-même ? Il paraît que Martine Aubry veut mettre le Parti au travail et entamer une réflexion de fond. Tant mieux, mais la question de méthode s’avère aussi délicate à gérer que celle des ego et des baskets. Secrétaire national du Parti chargé de la justice, actuel membre de la commission Balladur sur la réforme des communautés territoriales, André Vallini a donné discrètement sa démission après qu’on lui eut reproché de faire un communiqué sur la réforme judiciaire (question d’actualité s’il en est !) sans avoir prévenu le secrétariat national. François Lamy, bras droit de la nouvelle secrétaire nationale, résume à sa manière la situation : tout en reconnaissant la compétence de Vallini, il affirme sans détour :

On n’est pas dans la caporalisation mais dans l’organisation de la parole collective du PS.

Encore faudrait-il éviter que des petits caporaux, comme Hamon, ne s’approprient la parole collective n’importe comment… et que la PS se débarrasse des métaphores militaires qui en disent long sur sa conception de la hiérarchie.

Olivier Mongin

Directeur de la revue Esprit de 1989 à 2012. Marqué par des penseurs comme Michel de Certeau, qui le pousse à se confronter au structuralisme et l'initie aux problématiques de la ville et aux pratiques urbaines, Claude Lefort et Cornelius Castoriadis, les animateurs du mouvement Socialisme ou Barbarie, qui lui donnent les outils à la fois politiques et philosophiques de la lutte anti-totalitaire,…

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