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(Détail) Le Jardin des délices. L'Humanité avant le déluge. Par Jérôme Bosch, entre 1494 et 1505.
Dans le même numéro

La folie de la vision. Le Jardin des délices de Jérôme Bosch

Selon Michel de Certeau, Le Jardin des délices de Jérôme Bosch met en scène un délire interprétatif, où la prolifération des images, la saturation des symboles et l’incohérence de la composition déjouent toute tentative d’explication linéaire. Le tableau illustre ainsi ce que l’auteur a nommé « l’inversion du pensable ».  

« Il y a une sorte de folie de la vision1. »

Aujourd’hui, Michel de Certeau est surtout connu, peut-être plus aux États-Unis et en Amérique latine qu’en Europe, par ses réflexions sur les pratiques ordinaires, la « prise de parole » et les rapports à l’espace urbain. Certes, on n’oublie pas qu’il fut l’inventeur de l’expression « faire de l’histoire » et qu’il a renouvelé l’approche historiographique de l’expérience mystique. Le risque est alors de creuser un fossé entre deux livres majeurs, L’Écriture de l’histoire et La Fable mystique2. Ils portent l’un et l’autre sur un moment de basculement historique, non pas celui de la fin du christianisme ou de la religion en Europe, mais ce que Certeau appelle une « inversion du pensable » qui engage une « formalité des pratiques » dès la fin du Moyen Âge. À une époque où les mots et les choses accordaient leur musique, où les signes renvoyaient à une référence, à un temps médiéval qui n’avait rien de sombre, comme on voudrait le croire aujourd’hui pour mieux se courber devant le Progrès3, a succédé un nouveau régime du « pensable » et du « visible », dans lequel l’Autre se fait de moins en moins voir et entendre. Cet ensemble culturel q

Lecture réservée aux abonnés : L'indépendance d'Esprit, c'est grâce à vous !

Olivier Mongin

Directeur de la revue Esprit de 1989 à 2012   Marqué par des penseurs comme Michel de Certeau, qui le pousse à se confronter au structuralisme et l'initie aux problématiques de la ville et aux pratiques urbaines, Claude Lefort et Cornelius Castoriadis, les animateurs du mouvement Socialisme ou Barbarie, qui lui donnent les outils à la fois politiques et philosophiques de la lutte…

Dans le même numéro

Comment écrire l’histoire des marges ? Cette question traverse l’œuvre de Michel de Certeau, dans sa dimension théorique, mais aussi pratique : Certeau ne s’installe en effet dans aucune discipline, et aborde chaque domaine en transfuge, tandis que son principal objet d’étude est la façon dont un désir fait face à l’institution. À un moment où, tant historiquement que politiquement, la politique des marges semble avoir été effacée par le capitalisme mondialisé, l’essor des géants du numérique et toutes les formes de contrôle qui en résultent, il est particulièrement intéressant de se demander où sont passées les marges, comment les penser, et en quel sens leur expérience est encore possible. Ce dossier, coordonné par Guillaume Le Blanc, propose d’aborder ces questions en parcourant l’œuvre de Michel de Certeau, afin de faire voir les vertus créatrices et critiques que recèlent les marges. À lire aussi dans ce numéro : La société française s’est-elle droitisée ?, les partis-mouvements, le populisme chrétien, l’internement des Ouïghours, le pacte de Glasgow, et un tombeau pour Proust.