Le décentrement du monde
L’approche économique ne suffit pas, à elle seule, à rendre compte de la mondialisation. C’est pourquoi il faut en observer les multiples facettes mais aussi interpréter avec lucidité le décentrement historique qu’elle provoque pour l’ensemble des pays occidentaux.
La France et la mondialisation ? Posé en ces termes le constat est trompeur, il laisse croire que la France se trouve face à un phénomène externe, ladite mondialisation économique. Pourtant, rien de plus faux que de croire que l’Hexagone peut se soustraire aux effets d’un phénomène historique dont il faut prendre toute la mesure. Certes, il est de bon ton de se gausser de ce mot élastique de mondialisation, à l’image de ces historiens pour qui, en comparaison avec le passé, il faut nuancer le caractère inédit des mutations en cours. Plus que la discontinuité, il faudrait selon eux valoriser la continuité. Mais tenter de définir la mondialisation contemporaine demeure indispensable si l’on ne veut pas se satisfaire du scénario d’un complot organisé de l’extérieur, et si l’on veut comprendre que la dynamique de la mondialisation travaille en profondeur l’Hexagone comme tout autre pays du monde. À quoi renvoie donc la mondialisation contemporaine ? N’est-elle qu’une nouvelle séquence d’un mouvement historique fort ancien qui a accompagné les échanges et flux commerciaux depuis la fin du Moyen Âge ? N’est-elle que l’expression de l’ouverture du marché ? N’y a-t-il qu’une vision économique de ce phénomène ? De facto nous assistons, depuis déjà plusieurs décennies, à la genèse et à la consolidation d’une troisième mondialisation historique que les reconfigurations territoriales éclairent particulièrement bien si on les compare avec l’organisation traditionnelle des territoires. Par ailleurs, cette mondialisation ne se caractérise pas par une vision du monde globale, par un sens unique de l’histoire, elle ne fournit pas du sens et se définit comme une « économie d’archipel », pour reprendre l’expression de Pierre Veltz, qui est flottante, aléatoire, mouvante, aquatique, liquide. Bref, elle oblige à dresser un inventaire qui passe par une cartographie inédite du monde. Mais pourquoi parler de troisième mondialisation historique, et ne pas réduire la mondialisation contemporaine à des mutations dans l’ordre économique ?
La troisième mondialisation historique
La première mondialisation historique fut liée, à la fin du Moyen Âge et au début de la Renaissance, à l’émergence d’économies-monde capitalistes que Fernand Braudel présentait sur un mode ternaire : un centre, une périphérie et une semi-périphérie. Cette mondialisation prend son essor avec les Grandes découvertes au xve siècle, et elle s’appuie sur des villes marchandes et maritimes qui font « réseau » entre elles. D’où la notion ancienne de « ville réseau » (au sens où il y a réseau de villes, commerce maritime, lien entre des villes) qui se distingue de « la ville en réseau » contemporaine, celle où les flux organisent des lieux urbains devenus mobiles et fluctuants. À l’époque de la première mondialisation, les armateurs organisent les flux (commerce, transport, information, stockage des produits et des informations), et le commerce conserve donc une autonomie par rapport à ceux-ci. Si la première mondialisation historique est un phénomène économique indissociable de la ville marchande, celle qui accompagne sur le plan politique l’essor des libertés communales, la deuxième mondialisation historique correspond pour sa part à l’émergence, entre 1870 et 1914, de la société industrielle qui est la conséquence de la révolution industrielle sur le plan technologique1. Dynamisée par des États et des nations, elle fut portée par des politiques industrielles et par le rôle moteur des États. Alors qu’on la croit indéracinable en France, un pays encore porté par la glorification des « trente glorieuses », la société industrielle se recompose ailleurs, dans d’autres continents. Quant à la troisième mondialisation, liée, parmi d’autres facteurs, aux nouvelles technologies et à la révolution économique initiée dans les années 1960, elle inaugure des ruptures historiques en fusionnant la diversité « des économies-monde » en « une seule économie-monde ». Or, c’est cette fusion qui autorise de la qualifier de « globale », d’économie globale.
Un phénomène protéiforme
Mais cette troisième mondialisation historique ne se réduit pas, comme le veut la vulgate, à un phénomène strictement économique et à la réduction du rôle de l’État, ultime conséquence de la révolution néolibérale. Elle a des conséquences observables sur d’autres plans qui s’enchevêtrent. Si, ces divers plans – culturel, technologique, politique, migratoire, juridique et territorial – dépendent des flux qui leur correspondent, s’ils accompagnent le passage du « social comme société » à un « social comme mobilité2 », ils n’exercent pas tous la même capacité de pression. La troisième mondialisation est d’autant plus déroutante, difficile à saisir, voire chaotique, qu’elle est stratifiée et multidimensionnelle. Quel que soit le prisme considéré, elle ne se caractérise pas par une articulation hiérarchique et pyramidale, elle ne se décline pas dans les termes de centre et de périphérie mais se définit par une oscillation entre illimitation (celle du virtuel et des flux de tous ordres) et limitation (la fragmentation qui permet de contrôler les flux). On passe dans ce contexte d’un monde marqué par la verticalité à un monde qui privilégie l’horizontalité, celle de « l’urbain généralisé » par exemple. Mais cette horizontalité, faussement continue, crée des discontinuités et des ruptures. Un monde liquide va de pair avec des îlots « solides3 ». Évoquons maintenant les principaux domaines où intervient la mondialisation.
Nouveau régime de croissance. Sur le plan économique, les éléments moteurs sont les suivants : les nouvelles technologies, un mouvement d’individualisation du salariat et son extension spatiale qui est à l’origine des délocalisations, et la financiarisation du capital, i.e. le rôle de la cotation en bourse et la naissance d’un actionnariat se démarquant du capitalisme familial associé à la grande industrie. Cette révolution économique, qui accompagne le nouveau régime de croissance qui a émergé aux États-Unis dans les années 1960, se caractérise parallèlement par la généralisation de l’économie des services, la révolution postfordiste dans le domaine de l’organisation du travail et la révolution technologique liée à l’électronique et à internet (celle qui fait suite aux deux révolutions industrielles précédentes, la machine à vapeur à la fin du xviiie siècle et l’électricité à la fin du xixe siècle). Les nouvelles technologies – résultante de la connexion des changements intervenus ces dernières décennies dans les domaines de l’informatique, des télécommunications, des microprocesseurs et des multimédias en ligne (internet) – portent essentiellement sur des flux, ceux de la télécommunication et des transports. Loin de correspondre à des techniques abstraites, ces technologies individualisent la consommation et démultiplient les désirs à l’infini. Mais, loin d’être le moteur d’un individualisme débridé, elles organisent la société selon un mode « sélectif » et « électif » qui se démarque du système pyramidal spécifique de la grande entreprise industrielle marquée par le fordisme et le taylorisme.
Mondialisation politique et affaiblissement du rôle intégrateur de l’État. La troisième mondialisation a également pour caractéristique de fragiliser le rôle de l’État, le moteur d’une action publique désormais en voie de « privatisation ». Alors que la révolution postindustrielle renverse les priorités du centre et de la périphérie, l’État central est fragilisé. Mais cet affaiblissement, indissociable de l’ouverture du marché et du branchement sur les réseaux de l’économie mondiale, ne signifie pas pour autant qu’il n’a plus aucun rôle à jouer. Porté pendant un temps par une idéologie, le néolibéralisme, et un catéchisme, le consensus de Washington, qui soulignait la disparition de l’État au seul profit des acteurs économiques, le retrait de l’État sur le plan économique ne l’empêche pas de définir autrement ses missions. Pour Ulrich Beck, on assiste à une réorganisation des liens entre les trois niveaux du supranational, de l’infranational et du national qui les affecte simultanément4. De plus, la société « ouverte », en tout cas au sens des marchés, qui dynamise la mondialisation, exige de l’État qu’il réponde aux demandes de sécurité. Avec la mondialisation, on assiste à la mise en place d’un État sécuritaire qui fonctionne moins comme un État disciplinaire que comme un pouvoir « sécurisant », répondant aux peurs des individus, qui se sont démultipliées depuis que la violence s’est elle-même mondialisée par le biais du terrorisme. C’est pourquoi on peut parler d’un État « libéral-autoritaire », d’un État dont l’affaiblissement de l’action sur le plan économique a pour contrepartie la capacité de faire respecter la sécurité sur le plan national et international.
Mondialisation culturelle. L’ouverture du marché, l’universalisation du capitalisme sont-elles en train d’unifier la planète en la mondialisant ? On assiste sur le plan culturel à un double processus d’unification et de fragmentation qui recoupe le lien entre libéralisme et demande de sécurité, entre ouverture et fermeture. À un marché qui unifie les comportements, à une unification technologique qui joue un rôle majeur, répond la prise en compte du facteur identitaire qui met en avant le facteur communautaire qui puise dans l’ethnie, la religion, la civilisation. Or, dans le contexte d’un affaiblissement intégrateur de l’État et de l’espace urbain, on assiste à des regroupements communautaires aussi bien en Occident que dans les pays non occidentaux. Ce phénomène universel de communautarisation n’est pas séparable de la dynamique de l’entre-soi et de la logique de séparation qui accompagne la mondialisation. Alors que la ville comme l’État sont de facto moins intégrateurs, les communautés jouent un rôle majeur pouvant conduire aussi bien à des replis communautaires, à des revendications ethniques qu’à des agrégations sur le mode de l’entre-soi des élites mondialisées et cosmopolites. Dans ces divers cas, l’adhésion à une même communauté politique peut être remise en cause. L’universalisation culturelle suscite par contrecoup une tendance à la communautarisation qui oscille entre des mouvements d’ethnicisation et des mouvements d’« agrégation des pairs », entre une sécession involontaire (les ghettos) et une sécession volontaire (les résidences fermées). Cette mondialisation culturelle, indissociable de mouvements de population, de diasporas et de dynamiques migratoires, trouble une « grammaire des civilisations » (Fernand Braudel) jusque-là perçue dans un langage hégélien, c’est-à-dire selon l’idée que l’Europe et l’Occident orientent, sur le double plan géographique et historique, l’histoire du monde. Système de flux, les mouvements migratoires sont à l’origine de mouvements de population où le phénomène diasporique rend délicat les perspectives d’intégration et privilégie le prisme communautaire. Alors même que l’empire américain est visé comme détenteur d’un mauvais universel, celui qui se réduit au capitalisme mondialisé et à ses intérêts, une nouvelle « grammaire des civilisations » organise différemment les rapports identitaires dans un contexte qualifié de « postcolonial ».
Reconfiguration des territoires. La mondialisation en cours affecte directement les territoires, que ce soit sous la forme des villes globales (où domine la logique de l’entre-soi), des mégacités où la dimension ethnique est décisive, et de communautés urbaines au caractère inédit. Indissociable de l’économie (la ville globale), de la technologie (la cité virtuelle), de la restructuration de l’État (les nouvelles formes de gouvernance valorisent les entités urbaines, les régions et fragilisent les États centralisateurs), le mouvement de reterritorialisation présente des particularités fortes. S’il faut bien comparer les types de lieu, force est de saisir les mouvements de fond qui sous-tendent la reconfiguration contemporaine des territoires. Si l’« urbain généralisé » va de pair avec la prévalence des flux, si les lieux sont interconnectés, si l’on peut se brancher sur tout autre lieu du réseau, céder à l’illusion d’un monde unifié et en voie de solidarisation est trompeur. Ce n’est pas un hasard si la géographie et l’urbanisme sont aujourd’hui des disciplines très sollicitées. Leur caractère concret, physique et spatial rend visible ce qui se passe effectivement à l’heure où le local et le global nouent des rapports inédits5. Le temps n’est donc plus à la célébration de « la fin des territoires » mais à la prise en considération d’une « reconfiguration des territoires ». Là encore, la dissémination, la prévalence des flux vont de pair avec une tendance à la dissociation, à la séparation aux dépens des médiations.
Révolution technologique, brouillage du réel et libération des possibles. Si « les nouveaux modes de communication instantanés tendent à se développer dans le champ du pur virtuel », comment interpréter ce « pur virtuel », et comment en évaluer les implications sociales ? Le déphasage entre le réel et le virtuel modifie notre relation au monde dans la mesure où il dévalorise le réel en comparaison de ce que nous offre le pur virtuel.
La racine de ce que nous nommons la mondialisation est là. Aucune conduite rationnelle sur le marché n’est possible sans cela […] L’habitant est toujours là, mais il n’habite pas le virtuel. Il n’habite pas le virtuel, il habite son voisinage, dans un réel, dans le monde de ses désirs et de ses besoins. Le virtuel ne modifie pas tant les choses que le mode d’accès aux choses6.
Distinct de celui de l’absorption du réel par le virtuel, le problème majeur est donc celui de la relation entre le réel (l’environnement, la culture de proximité valorisée par l’expérience urbaine) et le virtuel. Mais, pour bien saisir les conséquences de cette pression du virtuel, il faut superposer à ce premier couple du réel et du virtuel un second couple, celui du réel et du possible. Celui-ci permet de saisir que le virtuel est moins un facteur d’effacement du réel, qu’un accélérateur des possibles qui opère au détriment d’un réel qu’il affaiblit considérablement. Or, l’appréhension de ces possibles repose sur la capacité que chacun a d’y accéder avec plus ou moins de chance de réussite : la conquête des possibles qui ne sont plus le lot du rêve ni de l’utopie, bouleverse moins le rapport au réel en tant que tel puisque celui-ci ne disparaît pas subitement, qu’elle ne conduit à le dévaluer et à le fragiliser. Et cela pour une raison simple : à savoir que tout n’est pas possible dans le réel alors que tout peut l’être dans le virtuel. Le développement du virtuel ne vise pas a priori le réel, « notre lien avec le monde et l’espace », il ne le transforme pas en tant que tel, il ne l’annule pas, mais le dévalorise en libérant à l’infini le champ des possibles, en installant les esprits et les corps dans l’illusion que tout est possible dans le virtuel. Alors que le réel induit une culture des limites, la libération des possibles par le virtuel, indissociable de la mondialisation, entraîne dans une culture où règne l’absence de limites. Comment retrouver un lien avec l’échelle la plus physique (celle du contact), avec l’espace proche (condition de l’action politique) quand le « hors d’échelle » l’emporte ?
Mondialisation et pensée postcoloniale
Si les traits distinctifs de la mondialisation sont à l’œuvre, de manière distincte et contrastée, dans les divers pays du monde, frappe essentiellement l’horizontalité des représentations qui en est la résultante. L’histoire n’est plus déclinée en fonction des seuls pays européens, comme si l’Europe, ou plus largement l’Occident en était le pôle moteur, et comme si les pays de la périphérie devaient nécessairement se rapprocher du centre. Parallèlement, les chiffres relatifs aux évolutions démographiques sur le plan urbain sont là : alors que l’on dénombre 175 villes millionnaires, 13 des plus grandes agglomérations de la planète se trouvent aujourd’hui en Asie, Afrique, ou Amérique latine. Sur les 33 mégalopoles annoncées pour 2015, 27 appartiendront aux pays les moins développés, et Tokyo sera la seule ville riche à demeurer sur la liste des dix plus grandes villes. Élargie à la planète, la mondialisation rompt avec la centralité européenne, avec toute perspective historique présentée dans les termes d’une ascension vers un centre ou de la reconnaissance d’un sens universel. C’est en ce sens qu’elle ne se développe pas verticalement mais horizontalement alors même que les pays européens souffrent d’un double « rétrécissement » (démographie, vieillissement de la population7). Aujourd’hui, la vision « centraliste » et « hiérarchique » est souvent qualifiée de « postcoloniale », voire de « posteuropéenne », par les élites (intellectuelles, politiques ou économiques) des pays non européens. Alors que l’Europe, quoi qu’il en soit du destin de l’Union européenne elle-même, croit toujours être l’unique modèle de référence et détenir les valeurs susceptibles d’être universalisées, les pays non européens regardent l’Europe et la France comme des pays qui sont parties prenantes comme les autres de la mondialisation en cours. Si les pays non européens étaient hier « dé-centrés » par rapport à l’Europe, la France et les pays européens sont aujourd’hui en voie d’être « dé-centrés » par rapport aux pays-continents que sont la Chine et l’Inde mais aussi par rapport aux « villes globales » (Saskia Sassen) qui sont les nœuds d’une économie d’archipel qui n’est plus circonscrite à des espaces nationaux. Ce qui fait la spécificité de l’époque actuelle, c’est donc la fin du cycle du colonialisme commencé au xvie siècle. Alors que l’Europe avait pris possession du monde pendant trois siècles, la Chine et l’Inde perturbent aujourd’hui l’ancien partage colonial du monde. La mondialisation, ce n’est pas seulement l’approfondissement de l’interdépendance entre pays, c’est aussi l’élargissement géographique et politique de cette interdépendance. Le sentiment d’une accélération de la mondialisation à la fin des années 1990 coïncide avec ce moment historique où, à la suite des pays dits émergents (les fameux dragons), l’Inde et la Chine sont en train de décoller. Or, ces pays-continents se considèrent comme autonomes, ils peuvent en effet se représenter comme une « civilisation mère » pour le sous-continent (Chine), ou revendiquer des valeurs spécifiques en partie étrangères à celles de l’Occident (Inde).
On peut donc parler de la mondialisation comme d’une dé-occidentalisation. De manière significative, une école transnationale dite « postcoloniale8 », dont les protagonistes se trouvent surtout en Inde, mais aussi en Chine, en Afrique du Sud ou au Japon, imagine un monde posteuropéen au sens où l’histoire de l’Europe n’est plus le destin obligé des autres pays du monde. Et cela tant sur le plan économique que sur le plan de l’imaginaire historique et des représentations du monde. C’est la raison pour laquelle la mondialisation est un phénomène multidimensionnel qui n’est pas réductible à une approche strictement économique. L’Europe est à son rythme, la France et les pays européens également, et il en va de même pour les pays non européens. Au sein de cette école dite « post-coloniale », caractérisée par les global studies, qui a le grand mérite de souligner combien les représentations réciproques entre pays européens et non européens changent rapidement, intervient un débat entre les partisans d’un relativisme identitaire (les subaltern studies), et ceux qui souscrivent aux valeurs universelles qui ont émergé historiquement en Europe (Amartya Sen). Mais, quoi qu’il en soit de la posture choisie, les valeurs universelles ne sont plus considérées ici comme une propriété historique et géographique des seuls pays européens. Dès lors que l’universalité ne revêt plus un caractère géographique ni historique, elle n’est plus un privilège strictement européen. Ce qui ne signifie pas que l’on cède à la tentation du relativisme. Alors que l’on parle de la perception française de la mondialisation, il est significatif que les Chinois ou les Indiens portent leur propre regard sur les autres pays du monde.
Avec la mondialisation contemporaine, c’est donc le regard des autres pays sur nous-mêmes qui est en train de changer. La Chine regarde la France comme un pays qui participe de l’aventure de la mondialisation comme tout autre pays de la planète, et la France n’a donc plus en conséquence un monopole du regard. Ce qui est à l’origine d’un décalage historique dont les conséquences ne sont pas toujours perçues, mais aussi d’un décrochage historique, voire d’un retard, par rapport aux représentations nouvelles dont la mondialisation, une mutation profonde qui nous prend au dépourvu, est en train d’accoucher.
- 1.
Pour Suzanne Berger, Notre première mondialisation (Paris, Le Seuil, 2005) correspond à la révolution industrielle.
- 2.
Sur cette rupture, voir John Urry, Sociologie des mobilités. Une nouvelle frontière pour la sociologie, Paris, Armand Colin, 2005.
- 3.
Voir « Violence et colère à l’âge de la globalisation. Entretien avec Arjun Appadurai », Esprit, mai 2007, p. 75-89.
- 4.
Ulrich Beck, Pouvoir et contre-pouvoir à l’ère de la mondialisation, Paris, Aubier, 2003 ; Jean-François Bayart, le Gouvernement du monde, Paris, Fayard, 2004.
- 5.
Voir Jacques Donzelot, Quand la ville se défait, Paris, Le Seuil, 2006, et Olivier Mongin, la Condition urbaine. La ville à l’heure de la mondialisation, Paris, Le Seuil, 2005.
- 6.
Dominique et Jean-Toussaint Desanti, La Liberté nous aime encore, Paris, Odile Jacob, 2001, p. 307-308 (rééd. en poche 2004).
- 7.
Voir Nicole Gnesotto, « La sécurité dans un monde post-occidental », dossier « Le rétrécissement de l’Europe et la sécurité internationale », Esprit, mai 2007, p. 69-74. Voir aussi François Heisbourg, l’Épaisseur du monde, Paris, Stock, 2007.
- 8.
Voir dans notre dossier « Pour comprendre la pensée postcoloniale », l’entretien avec Achille Mbembe, « Qu’est-ce que la pensée postcoloniale ? », Esprit, décembre 2006, p. 117-133.