Voter pour Dominique à Clichy


Ségolène Royal avance sur le terrain de la sécurité pour concurrencer Nicolas Sarkozy, mais elle reste cependant fort discrète sur les enfants (« nos enfants », dit-elle) des banlieues et des cités. Elle a peut-être tort… ce dont témoigne par exemple un reportage radio entendu sur France-Inter le 20 juin 2006. Consacré à des entretiens avec des jeunes de Clichy-sous-Bois, il met essentiellement l’accent sur le langage.

Tout d’abord, les jeunes ne cessent de reprendre les journalistes sur le sens des mots. À l’un d’entre eux qui désigne au loin un groupe qui « bricole une bagnole », un membre d’une association qui invite les jeunes à voter pour la première fois répond : « Ils ne bricolent pas une voiture, ils réparent “leur” voiture. » Et ces jeunes de faire la leçon, de jouer les instits, et de reprendre des propos qui renvoient une image négative de Clichy : n’est-ce pas laisser entendre que la voiture n’est pas à eux, qu’elle est donc volée ?

Ensuite, comme le débat s’engage sur la décision de voter de ces jeunes, ceux-ci affirment tout de go qu’ils voteront pour Dominique (entendre Dominique de Villepin) et non pas pour Sarkozy qui « nous fatigue avec ses grands mots ». Toujours les mots et les grands mots attribués à Sarkozy et non pas au Poète… Mais le plus surprenant est que le Parti socialiste n’est même pas évoqué. Il n’existe pas pour eux. Et pour cause, ils n’en ont jamais entendu parler : le Parti socialiste est aux abonnés absents sur le terrain à Clichy. Avis à Ségolène et au PS qui ne se montrent guère sur le plan militant dans cette ville où il n’y a pas d’Anpe par exemple. Les banlieues rouges ont été longtemps tenues par le Parti communiste qui demeure persuadé que l’on peut encore agir par la culture par exemple. À l’instar de Jack Ralite, ancien ministre de Mitterrand, qui reçoit des professeurs du Collège de France au théâtre de la Commune d’Aubervilliers où ils initieront les jeunes à des textes et à des auteurs. Mais, l’utopie de Jean Vilar n’est malheureusement plus la nôtre, même si l’engagement des professeurs du Collège doit être salué.

Ne pas se faire entendre, comme c’est apparemment le cas du Parti socialiste, c’est faire en sorte que Dominique qui « ne joue pas avec les grands mots comme Sarkozy et son “karcher” » soit plus écouté que ceux qui se taisent. À croire que les jeunes des banlieues préfèrent spontanément les perdants ! D’un reportage radio, on ne tirera pas de considérations générales ni de conclusions hâtives. Clichy ne symbolise pas toute la banlieue mais « une banlieue parmi d’autres » avec ses cités spécifiques. L’extrême gauche ne devrait pas non plus trop vite se réjouir puisqu’elle est restée à la marge durant la révolte des banlieues et le mouvement anti-Cpe… tandis que les écologistes recomptent interminablement les bulletins de vote. Dominique, au moins on l’entend, il n’en finit pas de faire acte de présence.