Portrait de Timothy Snyder | Bundestagsfraktion Bündnis via Wikimédia
Dans le même numéro

L'Europe centrale prise entre deux terreurs

entretien avec

Timothy Snyder

L’auteur de Terres de sang revient ici sur la méthode de son livre. La volonté de partir d’un espace permet d’adopter une logique inclusive, en sortant des approches nationales ou strictement quantitatives, pour analyser les massacres de masse perpétrés dans cette région par les nazis comme par les Soviétiques.

Esprit – Dans votre ouvrage Terres de sang, vous vous donnez un objet particulier puisque vous étudiez un territoire, entre Berlin et Moscou, pris dans la double terreur de Hitler et de Staline. Pourquoi cette démarche centrée sur un espace ?

Timothy Snyder – La démarche est en effet, pour ce livre, primordiale. Je pars du fait qu’il y a eu quatorze millions d’êtres humains tués à une époque et dans un lieu définis. Ce fait, que je décris, est lié à un espace. Le choix de se concentrer sur un espace qui ne corresponde pas à un ou des États nous oblige à tout inclure. Dans ce livre, il y a des Juifs, des Polonais, des Ukrainiens, mais il y a aussi tous les enfants, tous les hommes, toutes les femmes, tous les individus, les deux régimes, nazi et soviétique, les territoires… ; tout se joue au sein de cet espace. Il est impossible d’en sortir. En général, la méthodologie historique est fondée sur l’exclusion ; la méthode nationale, par exemple, permet d’exclure les autres nations et de se concentrer sur une seule. Or, si l’on veut comprendre ou comparer, il faut inclure. De même, les positions victimaires sont une façon d’exclure. Se définir comme victime, c’est ne pas se définir avec les êtres humains majoritaires. Dernière exclusion méthodologique : l’aliénation quantitative, qui ne fait voir que les chiffres. Il me fallait donc, pour éviter ces écueils, tout

Lecture réservée aux abonnés : L'indépendance d'Esprit, c'est grâce à vous !