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Rassemblement à Aktioubé, le 4 janvier 2022. Photo : Esetok via Wikimédia (CC BY-SA 4.0)
Rassemblement à Aktioubé, le 4 janvier 2022. Photo : Esetok via Wikimédia (CC BY-SA 4.0)
Dans le même numéro

Retour sur la crise kazakhe

avril 2022

Férocement réprimées par le gouvernement, les protestations politiques survenues en janvier 2022 au Kazakhstan se sont doublées d’une crise au sommet du pouvoir. À moins de deux ans des élections présidentielles, le président Takoïev doit stabiliser un pays en difficulté économique, et convaincre sa population de son indépendance à l’égard du voisin russe.

À la lumière des événements dramatiques qui ont lieu en Ukraine depuis le 24 février 2022 et qui étaient en gestation au moment de la crise sociale et politique qui a secoué le Kazakhstan un mois et demi plus tôt, il est intéressant de revenir sur les causes et les manifestations des violences sociales qui se sont déroulées entre le 2 et le 8 janvier 2022, afin d’en apprécier les conséquences à court et moyen terme.

L’explosion sociale

Lorsque des manifestations pacifiques se produisent le 2 janvier 2022 à Janaozen, dans l’ouest pétrolier du Kazakhstan (là où un mouvement social fut durement réprimé en 2011), rien ne laissait croire qu’elles se répandraient si vite dans tout le pays. Pourtant, la situation sociale se tendait depuis des années, dans un contexte d’inflation et de chômage croissant, de chute du pouvoir d’achat et d’endettement des ménages aggravé par la pandémie de Covid-19 depuis mars 2020. D’ailleurs, le président sortant, mais pas tout à fait sorti du jeu politique, Noursoultan Nazarbaïev avait annoncé des temps difficiles dès septembre 2021.

Le doublement, au 1er janvier 2022, du prix du gaz liquéfié, dont se servent les Kazakhs pour se chauffer et comme combustible pour leur véhicule, a été la goutte d’eau qui a fait déborder le vase déjà plein d’une population excédée d’être privée des retombées économiques, accaparées par le clan présidentiel et quelques dizaines d’oligarques depuis 1991. Au départ, ces manifestations

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Catherine Poujol

Professeure d’histoire et de civilisation de l’Asie centrale à l’Institut national des langues et civilisations orientales, elle a notamment publié L’Asie centrale. Au carrefour des mondes (Ellipses, 2013).

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En Ukraine et en Russie, le temps de la guerre

L’invasion de l’Ukraine en février 2022 a constitué un choc immense pour l’Europe et le monde. Elle s’inscrit néanmoins dans une forme de continuité, qui a vu le régime de Poutine se faire toujours plus répressif à l’intérieur de ses frontières, et menaçant à l’extérieur, depuis au moins 2008 et l’affrontement militaire en Géorgie, l’annexion de la Crimée en 2014 marquant une nouvelle étape dans cette escalade. Constitué en urgence en réaction au déclenchement de la guerre, le dossier de ce numéro interroge ses premières conséquences. De quelles manières les sociétés ukrainienne et russe font-elles face à la guerre ? Comment résister à la vaste opération de révisionnisme historique engagée par le régime de Poutine, dont témoigne la répression de toutes les sources indépendantes d’information, mais aussi de recherche et de connaissance ? En Ukraine, sur quelles ressources la résistance peut-elle compter ? En Russie, une opposition parviendra-t-elle à se constituer, malgré la chape de plomb qui s’est abattue sur le pays ? À lire aussi dans ce numéro : la justice entre les générations, le fascisme du dedans, la politique de Lévi-Strauss, la médecine contre les robots, une autre histoire de la racialisation et la naissance de l’écoféminisme.