1994, un père au Rwanda cherche son enfant perdu en utilisant le service international de recherche des familles de la Croix-Rouge. ©CICR/Benno Neeleman
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Rwanda, Bosnie, des années de honte

Le soutien français au pouvoir hutu, responsable du génocide des Tutsis au Rwanda, est contemporain de celui qui a été apporté au régime de Belgrade, à l’origine de la guerre meurtrière en ex-Yougoslavie. Comment ont-ils pu se prolonger dans le silence le plus total, alors même que l’Europe s’était unie sur un programme de condamnation des crimes contre l’humanité ?

Le 7 février 1992, la signature du traité de Maastricht fut comprise comme le signe fort d’une volonté commune d’empêcher tout retour aux guerres meurtrières des xixe et xxe siècles entre nations européennes. Comme les pièces d’un puzzle qui voient leur dess(e)in d’ensemble prendre forme géographique et politique, le rêve collectif de paix et de démocratie, garanti par le socle des droits humains, devenait plus perceptible, donc moins utopique en Europe. Dans le même temps, cette avancée obligeait à mieux se souvenir du « plus jamais ça ». Plus jamais l’enfer sur terre du génocide perpétré par les nazis, devenu borne du pire et dont l’histoire commençait à mieux pénétrer la mémoire « commémorative » nationale : le 24 avril 1994, un discours émouvant de François Mitterrand sur la rafle des enfants de la maison d’Izieu marqua les esprits.

Pourtant, dans cette même période, dans son cours historique emmêlé de lignes divergentes, il existait une autre strate, signe d’une autre histoire. Certains choix français d’alliances économiques, diplomatiques et militaires

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Véronique Nahoum-Grappe

Véronique Nahoum-Grappe est anthropologue et ethnologue. Elle a travaillé sur la violence, les rapports entre les sexes, la dépendance (voir notamment Vertiges de l'ivresse. Alcool et lien social, Descartes et Cie, 2010 ; Du rêve de vengeance à la haine politique, Desclée de Brouwer, 1999). Tout en s'intéressant aux lieux de violence et de privation de liberté (camps de réfugiés en ex-Yougoslavie,…

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Les enquêtes de santé publique font état d’une épidémie de fatigue dans le contexte de la crise sanitaire. La santé mentale constitue-t-elle une « troisième vague » ou bien est-elle une nouvelle donne sociale ? L’hypothèse suivie dans ce dossier, coordonné par Jonathan Chalier et Alain Ehrenberg, est que la santé mentale est notre attitude collective à l’égard de la contingence, dans des sociétés où l’autonomie est devenue la condition commune. L’épidémie ne provoque pas tant notre fatigue qu’elle l’accentue. Cette dernière vient en retour révéler la société dans laquelle nous vivons – et celle dans laquelle nous souhaiterions vivre. À lire aussi dans ce numéro : archives et politique du secret, la laïcité vue de Londres, l’impossible décentralisation, Michel Leiris ou la bifurcation et Marc Ferro, un historien libre.