L'avenir d'un peuple inguérissable
À propos de Jacaranda, de Gaël Faye
Huit ans après la parution de Petit pays (Prix Goncourt des lycéens), Gaël Faye publie Jacaranda, son deuxième roman, déjà présélectionné pour le Prix Goncourt.
Alors que seront commémorées cette année les victimes du génocide des Tutsi du Rwanda, l’écrivain - né à Bujumbura, au Burundi - livre une histoire puissante sur la mémoire et l’avenir d’un peuple « inguérissable. » Dans un article de 2019, nous avions montré combien Gaël Faye faisait de l’exil et du déracinement une véritable force poétique : avec Jacaranda, l’auteur poursuit son chemin de vérité, et cherche plus que jamais à rendre sensible la souffrance d’une terre meurtrie.
Au cœur du roman, la quête d’un narrateur lancé à la recherche de ses origines. Milan, jeune garçon franco-rwandais installé à Versailles, pénètre pas à pas dans le passé insondable de sa mère réfugiée en France. Voyage après voyage, il découvre Kigali, la capitale du Rwanda, et prend peu à peu la mesure des blessures qui hantent un pays où cohabitent victimes et bourreaux, et où les êtres « rafistolent leurs foutues jeunesses gaspillées » à renfort de verres d’alcool. Plaie béante de la mémoire collective, le génocide est un fantôme qui hante les consciences, alors même que la menace du pire n’est jamais vraiment évanouie : « Les civils ne savent pas que la paix n’est qu’une guerre suspendue ».
À mesure qu’il pénètre plus avant dans l’histoire de sa mère, le narrateur tisse des liens, et fait la rencontre de Stella, une jeune fille rwandaise ayant pour éternel ami un Jacaranda, arbre tropical aux feuilles mauves qui lui sert de refuge : « Stella a grandi auprès de son arbre mystérieux, son ami et confident, une présence rassurante dans une époque tourmentée, une balise fixe dans les remous du temps qui passe. » Métaphore de la stabilité dans un monde qui vacille, l’arbre du roman est aussi à l’image de la société rwandaise, dont les racines pleines de secrets entravent souvent la joie des cimes.
Véritable relais de la mémoire, passeur d’essentiel, Gaël Faye décrit mieux que jamais les tourments - et la beauté - d’un peuple dont le passé ne passe pas, encore plein de « cauchemars impossibles à guérir. » Par la force d’une histoire qui traverse les générations et d’une écriture aussi précise que poétique, il dessine malgré tout la voie d’une réconciliation, fondée sur le partage du souvenir et l’amitié qui sauve.