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Crânes humains au Centre mémorial du génocide de Nyamata. Photo de Fanny Schertzer, (CC BY-SA 3.0)
Dans le même numéro

« Nous devons poursuivre ». Le génocide des Tutsi et le devoir de la recherche

octobre 2021

Les responsabilités des autorités françaises dans le génocide des Tutsi du Rwanda sont désormais établies grâce à l’histoire critique des archives d’État. Elles rappellent combien le travail et l’engagement des chercheurs comptent dans la reconnaissance du passé.

À la mémoire des chercheurs de grand courage, Alison Des Forges (1942-2009) et José Kagabo (1949-2015), brutalement et injustement arrachés à la vie1.

Le 7 janvier 1984, le président de la République prononce à la salle des fêtes de la mairie de Vienne, à l’occasion du Noël des Arméniens, un discours de reconnaissance du génocide subi en 1915 par cette grande et fidèle minorité religieuse de l’Empire ottoman, un génocide méthodiquement préparé et exécuté par les Jeunes Turcs unionistes au pouvoir à Constantinople. François Mitterrand n’hésite pas à cette occasion à prendre des engagements solennels au nom de la France : « Partout où la France a son mot à dire, elle veut rappeler en toutes circonstances l’identité arménienne, marquée par le grand drame du génocide. Pourquoi refuserait-on à ceux qui sont issus de ce peuple le droit d’être ce qu’ils sont ? […] Quant à l’histoire elle-même, je viens de vous le dire, le 23 avril 1981, c’est-à-dire quelques jours avant que je ne sois élu aux fonctions qui sont les miennes aujourd’hui, je disais : “Il n’est pas possible d’effacer la trace du génocide qui vous a frappés. Il faut que cela s’inscrive dans la mémoire des hommes. Il faut que ce sacrifice puisse, pour les plus jeunes et les plus petits, servir d’enseignement et, en même temps, de volonté de survivre, afin que l’on sente à travers les temps que ce peuple est un peuple

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Vincent Duclert

Vincent Duclert, historien, chercheur titulaire au Cntre Raymond Aron (CESPRA, EHESS-CNRS) et enseignant à Sciences Po, est notamment l’auteur de L’affaire Dreyfus (La Découverte, 4e éd. 2018) et Comprendre le génocide des Arméniens (avec Hamit Bozarslan et Raymond H. Kevorkian, Tallandier, 2015, 3e édition 2020). Il a récemment publié Les génocides (CNRS Éditions, 2019), Camus. Des pays de

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La publication du rapport Duclert a réouvert le débat sur les responsabilités du gouvernement, de la diplomatie et de l’armée françaises dans le génocide des Tutsi au Rwanda. À partir d’une lecture de ce rapport, le présent dossier propose de réfléchir à ce que nous avons appris, dans les vingt-cinq ans qui nous séparent des faits, sur l’implication de la France au Rwanda. Quelles leçons peut-on tirer des événements, mais aussi de la difficulté, dans les années qui ont suivi, à s’accorder sur les faits et à faire reconnaitre la vérité historique ? Quels constats cette histoire invite-t-elle sur le partage des responsabilités entre autorités politiques et militaires, sur les difficultés inhérentes aux opérations extérieures, notamment en Afrique, et enfin sur le bilan de ces interventions, au moment où la France choisit de réduire sa présence au Sahel ? Au-delà du seul cas français, l’échec de la communauté internationale à prévenir le génocide rwandais invite en effet à repenser le cadre des interventions armées sur les théâtres de conflits et de guerres. À lire aussi dans ce numéro : l’avenir de l’Afghanistan, djihadisme et démocratie, gouverner le trottoir, à qui profite le crime ?, le retour à Rome d’Hédi Kaddour et le carnaval Belmondo.