par Revue Esprit
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Tandis que Rome se prépare à célébrer les funérailles du pape François, samedi 26 avril, plus de cinquante chefs d’État ont annoncé leur intention de venir saluer celui qui fut incontestablement une figure de paix, plaidant inlassablement pour le dialogue interreligieux et la résolution pacifique des conflits. De l’Ukraine à Gaza, en passant par le Soudan, les tensions et impasses du moment, mais aussi les espoirs de pays et de populations aux prises avec des conflits meurtriers se manifesteront ainsi autour du cercueil de celui à qui l’on a parfois reproché de faire trop de politique. Il est vrai que ses paroles fortes en ont fait un pape hors normes, source d’une espérance renouvelée dans la possibilité de transformer positivement le monde. Sans que l’on sache toujours sur quel plan situer cette espérance : celui de la foi, de la morale, ou de la politique ?

Car il existe un malentendu autour de François. Critiqué à l’intérieur de l’Église par les tenants d’une approche plus conservatrice de l’institution, il suscitait l’enthousiasme de ceux qui attendaient une Église profondément réformée, ouverte sur le monde contemporain et en phase avec ses évolutions. Or sur les sujets dits de société, où l’Église est particulièrement attendue compte tenu de l’écart qui n’a cessé de se creuser entre ses positions et les modes de vie majoritaires, il a parfois déçu. Au point que les réformes considérables et courageuses qu’il a engagées, pour réformer la Curie romaine ou la banque du Vatican, n’ont pas toujours été reconnues. Celles-ci indiquent pourtant dans quelle direction il a travaillé et conçu sa mission : non pas « adapter » l’Église au monde actuel, mais la décentrer d’elle-même pour qu’elle retrouve sa vocation de présence aux « pauvres » et aux « périphéries ». Ce qui fut souvent souligné comme un changement dans la forme - sa manière d’incarner la fonction de pape - est en réalité bien plus : l’affirmation de la vocation pastorale de l’Église, porteuse d’un message évangélique radical.

Parmi les images, les gestes et les textes marquants que François lègue à ses successeurs et au monde, de l’encyclique Laudato Si’ à sa lettre sur « le rôle de la littérature dans la formation », reste son insistance constante sur l’ouverture à Autrui. L’idée qu’au fondement de toute dignité humaine, se trouve un mouvement de connaissance, de compréhension et de dialogue, avec soi-même, les autres et l’ensemble de la création. C'est pourquoi il n’a eu de cesse de s’opposer à une conception identitaire du catholicisme comme système de valeurs, de références culturelles ou civilisationnelles, et c’est bien ce que lui ont reproché certains. À l’heure où le catholicisme contemporain, en particulier américain, offre parfois un visage tellement grimaçant, ce message importe plus que jamais. À charge pour les institutions laïques et temporelles de trouver les voies pour le traduire en politique.

La rédaction