par Revue Esprit
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En deux ans de guerre au Moyen-Orient, la journée du lundi 13 octobre 2025 aura été la première à autoriser, non plus seulement l’espoir, mais le soulagement. La libération des vingt derniers otages vivants dont la détention prolongeait indéfiniment le crime du 7 octobre, la fin des bombardements indiscriminés sur les civils, la libération de prisonniers palestiniens et le retour possible de l’aide humanitaire furent autant de nouvelles que l’on n’attendait plus. Mais la joie fut vite assombrie : des familles cherchent ce qui avait été leur maison, réduite en cendres ; des exécutions sommaires sont menées par le Hamas, exclu de la future gouvernance de Gaza par l’accord de paix et néanmoins temporairement autorisé par Trump à faire régner l’ordre dans les décombres ; la non-restitution des corps des otages morts en captivité, introuvables dans ce champ de ruines, pèse sur le fragile cessez-le-feu.

Persiste surtout le sentiment que le « plan de paix pour la guerre à Gaza » n’ouvre pas réellement de nouveau chapitre dans l’histoire de ce conflit et que le « jour d’après » ne fait que reconduire la situation qui prévalait avant le 7 octobre, la mort et la destruction en plus. Les prémisses de « l’aube nouvelle » aujourd’hui promise par Trump restent celles de son « plan » de 2020 : miser sur l’investissement économique comme levier de pacification de la région, continuer d’ignorer les aspirations politiques des Palestiniens, en confortant au passage les visées messianiques et expansionnistes de l’extrême droite israélienne. Le vide politique, dans lequel s’engouffre toujours la violence, reste béant.

L’administration américaine a certes réussi un tour de force, dont elle seule était capable. Mais un cessez-le feu n’est pas la paix. Et si l’on ajoute que, lors de son discours devant la Knesset, Donald Trump a réclamé la grâce présidentielle pour Benjamin Netanyahou, le tableau devient très inquiétant : déployant la rhétorique désormais habituelle selon laquelle les « hommes forts » sont au-dessus des lois, le président américain dessine les contours d’une paix sans le droit : en Israël, où la dérive illibérale se poursuit, et aux yeux du monde entier, qui voit s’éloigner la possibilité pour la justice pénale internationale de se prononcer sur les crimes commis depuis deux ans. Avec autant d’ombres au tableau, peut-on vraiment parler de paix ?

La rédaction