par Revue Esprit
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Alors que les Européens font de nouveau face au risque que l’avenir de l’Ukraine et le leur ne se décide par-dessus leur tête, les questions militaires ont brutalement fait irruption dans le débat public national cette semaine. Après les déclarations du général Mandon, chef d’état-major des armées, estimant que la France devait se préparer à « accepter de perdre ses enfants », Emmanuel Macron a annoncé, jeudi 27 novembre, l’instauration d’un service national volontaire de dix mois dès l’été 2026. Sur un sujet aussi crucial, on ne peut que regretter l’impression de flottement qui se dégage de cette séquence, entre volonté de tenir un discours de vérité et dramatisation polémique.

Les propos du général Mandon ont eu sur le champ politique un effet pavlovien très prévisible : le RN, LFI et les Communistes se sont aussitôt drapés dans leur défense du pacifisme. Que ce dernier soit sincère ou téléphoné depuis Moscou, il devient un obstacle à tout débat politique sur la manière de nous préparer au retour de la guerre dans notre horizon commun. Mais en faisant référence aux monuments aux morts et au traumatisme de la Grande Guerre, le général Mandon donnait un argument politique de poids à ceux qui se font les porte-voix des classes populaires. Car, dans toutes les guerres, ce sont d’abord leurs enfants qui meurent au front, sans qu’elles ne l’aient jamais « accepté ».

La même rhétorique sacrificielle, qui suscite en retour le refus, transpire des débats budgétaires autour des questions de défense. Mettre en balance l’effort financier à consentir au réarmement avec les dépenses sociales ne peut que susciter la défiance, surtout quand on se souvient de la levée de boucliers que provoque toute perspective de nouvel impôt dans les rangs de ceux qui souhaitent accroître les dépenses militaires. En définitive, nous passons à côté de la question qui devrait être au cœur du débat démocratique : que voulons-nous défendre, et pourquoi ? Une plus grande conscience de la réalité des menaces qui pèsent sur la France et l’Europe est nécessaire. Mais elle ne sera vertueuse que si, par-delà le seul effort budgétaire, elle nourrit la volonté des civils de se mobiliser, à tous les niveaux de la société, pour y répondre.

La rédaction