par Revue Esprit
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En novembre dernier, alors que l’élection de Donald Trump rendait crédible la fin du soutien américain à Kiev, nous nous interrogions : quelle paix pourrait bien être conclue en Ukraine ? La pire des réponses se profile désormais, avec l’ouverture par Washington de négociations pour mettre fin à ce que le président américain qualifie de « guerre ridicule » : qu’il s’agisse de la question des frontières, dont le secrétaire à la défense, Pete Hegseth, juge « irréaliste » qu’elles retrouvent leur tracé d’avant 2014, ou des garanties de sécurité pour l’Ukraine, puisque la perspective d’adhésion à l’OTAN a été écartée, aucun des prérequis à une paix durable et juste ne semble pris en compte.

Jusqu’au plus important de tous, celui du respect de la souveraineté de l’Ukraine. Car c’est un dialogue bilatéral qui s’est engagé entre Washington et Moscou, déniant à Kiev son statut d’interlocuteur légitime. Comme au Moyen-Orient, le fantasme d’une diplomatie du deal fonctionne à plein, avec de nouveau Steven Witkoff, ancien promoteur immobilier, à la manœuvre. La tentative ukrainienne de parler le langage transactionnel de la Maison Blanche, en proposant l’accès aux ressources du pays en échange du soutien américain, témoigne de l’habileté stratégique dont le pays fait preuve depuis bientôt trois ans. Mais que pèsera-t-elle dans le face à face qui se joue entre deux dirigeants ayant en commun le mépris du droit et l’obsession de la force ?

Sans l’Ukraine, ces négociations s’ouvrent également sans l’Europe. Cette absence souligne une autre convergence majeure entre Trump et Poutine, qui conçoivent l’ordre international à partir de « grands espaces », où des puissances à vocation impériale exercent leur influence. Mais l’Union européenne paie aussi sa trop faible détermination, depuis le 24 février 2022, à parler d’une seule voix pour faire du soutien à l’Ukraine une priorité, et à en tirer les conséquences politiques, stratégiques et budgétaires. Le camouflet qui lui est fait cette semaine aura-t-il valeur de prise de conscience ? Il faut l’espérer, faute de quoi, après avoir eu tant de mal à accepter que cette guerre était aussi la leur, les Européens n’auront plus qu’à se préparer à la prochaine offensive russe, dont ils ne pourront, cette fois, détourner les yeux.

La rédaction