Ce résultat avait beau être attendu, il est une rupture à l’échelle de l’Union européenne : le Parlement européen a voté, jeudi 13 novembre, la directive Omnibus proposée par la Commission européenne, regroupant différentes mesures visant à « simplifier » les exigences du Pacte vert européen. Entrepris dans la foulée du rapport Draghi, qui tirait la sonnette d’alarme sur la perte de compétitivité des entreprises européennes, ce chantier de simplification vide en réalité de leur substance plusieurs directives qui avaient représenté des avancées sociales et écologiques décisives en Europe, en particulier celle sur le devoir de vigilance des multinationales. Adoptée en avril 2024, onze ans exactement après l’effondrement du Rana Plaza au Bangladesh, qui avait coûté la vie à 1100 personnes travaillant pour de grandes marques textiles, ce texte engageait pour la première fois la responsabilité juridique des entreprises pour des atteintes aux droits humains et à l’environnement qui seraient le fait de leurs fournisseurs ou sous-traitants. Il s’inspirait d’une loi française adoptée en 2017, pionnière en la matière.
Ce recul majeur montre que l’idée selon laquelle il faudrait choisir entre la compétitivité d’une part, la protection des travailleurs et de l’environnement d’autre part, a encore de beaux jours devant elle. Les outrances d’un Donald Trump sur « l’arnaque » du changement climatique sont l’arbre qui cache la forêt d’un déni beaucoup plus large, y compris en Europe, et alors même qu’a lieu la COP 30 : dans les milieux économiques, mais également pour Friedrich Merz ou Emmanuel Macron (qui ont tous deux appelé de leurs vœux cette « simplification »), l’économie et l’écologie constituent encore deux univers parallèles, et la recherche de la croissance peut continuer d’ignorer la finitude du monde. On mesure à l’occasion l’influence des lobbies industriels au Parlement européen, où ils ont pesé de tout leur poids pour obtenir ce résultat. On voit aussi à quel point l’Europe court derrière l’ordre du jour trumpiste sur les questions commerciales, alors qu’elle devrait travailler à représenter un autre modèle, tenant ensemble les aspirations à la prospérité, la justice sociale et la protection du vivant.
Mais cet omnibus est aussi la première loi européenne à être adoptée grâce à une alliance entre la droite (le Parti populaire européen) et les trois groupes d’extrême droite du Parlement. Il n’est une surprise pour personne que les milieux patronaux, traditionnellement représentés par la droite libérale, ne voient pas d’un bon œil la réglementation sociale et écologique. Mais en s’alliant à l’extrême droite pour la détricoter, la droite montre que son attachement aux principes du libéralisme était très relatif. Inversement, l’extrême droite, qui aime se présenter en protectrice des oubliés de la mondialisation, n’aura eu aucun scrupule à sacrifier leur sécurité et leur santé au bénéfice des multinationales. À défaut de simplification, cet omnibus aura opéré cette clarification politique fondamentale.
La rédaction