par Revue Esprit
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À la fin d’une nouvelle semaine de rebondissements politiques en France, alors que le pays est de nouveau suspendu à l'oracle élyséen, on peine à trouver les mots. Celui de « crise » paraît si éculé qu’on éprouve le besoin de préciser : s’agit-il d’une crise politique, institutionnelle ou de régime, comme on l’entend de plus en plus souvent ? Après tout, la France connaît des évolutions qui ne sont pas étrangères à beaucoup de ses voisins, où le paysage politique se polarise et se fragmente, rendant plus difficile de dégager des majorités parlementaires. Les désaccords politiques autour de ce que doit être le budget d’un pays sont même plutôt sains en démocratie. Pourtant, un sentiment de dysfonctionnement profond s’impose devant ce spectacle.

Plus que les institutions de la Ve République en tant que telles, c’est leur mésusage et leur brutalisation constante par l’actuel locataire de l’Élysée qui ont conduit à cette situation. En s’entêtant à ne pas tenir compte des équilibres politiques issus des législatives de 2024, Emmanuel Macron a considérablement fragilisé les fondements du régime démocratique. De la violation de l’esprit des institutions à celle de leur lettre, il n’y a qu’un pas : que Sébastien Lecornu, Premier ministre non seulement démissionnaire, mais n’ayant même pas été investi par la représentation nationale, se soit retrouvé à mener des discussions autour d’une « plateforme d’action et de stabilité », en était déjà un. Le Rassemblement national et La France insoumise s’en trouvent confortés dans leur tentation d’aggraver la crise pour en tirer profit, en réclamant une nouvelle dissolution ou des présidentielles anticipées.

Si un enseignement doit être retenu de cette année d’instabilité, c’est que la stratégie macroniste de construction d’un « bloc central » est devenue intenable. Poussée jusqu’à l’absurde, alors même que le bloc en question est désormais minoritaire, cette logique entre en conflit ouvert avec ce qu’exige la démocratie parlementaire. Car les mots de cohabitation ou de coalition, qui ont fait leur retour dans le débat public, impliquent que des partis représentant des options politiques différentes travaillent ensemble, dans le respect de leurs identités respectives et de leurs électeurs – bien loin de la mise en commun des bonnes volontés dans le cadre de quelques « lignes rouges », en réalité toutes favorables à la droite. Cette dernière faisant de moins en moins mystère de ses velléités d’alliance avec le RN, c’est peut-être bien sur une vraie crise de régime – celle de la fin de la démocratie parlementaire française – que tant d’inconséquence politique finira par déboucher.

La rédaction