Mercredi 12 mars a été votée à l’Assemblée nationale une nouvelle résolution de soutien à l'Ukraine. Essentiellement symbolique, ce texte devait témoigner de la présence de la France aux côtés de Kiev par-delà le revirement américain, et affirmer la volonté de bâtir et financer une défense européenne. C’est peu de dire que l’union nationale ne fut pas au rendez-vous, sur un sujet pourtant crucial : le Rassemblement national s’est abstenu, la France insoumise et des députés communistes ont voté contre, et des noms d’oiseaux que l’on croyait d’un autre temps, « capitulards » ou « va-t’en guerre », ont fusé jusque tard dans la soirée.
Les échos avec les clivages qui traversaient la société française à la fin des années 30 ont rarement été aussi vifs. Au cœur des débats sur l’attitude à adopter face à l’expansionnisme de l’Allemagne nazie hier, de la Russie de Vladimir Poutine aujourd’hui, le « pacifisme » érigé en valeur cardinale de la démocratie est de nouveau l’objet de manipulations idéologiques. Car c’est une paix téléphonée depuis Moscou, dont le RN et certains représentants de la droite, mais aussi Jean-Luc Mélenchon et une partie de LFI, se font les ardents défenseurs. Les premiers ont beau se référer à de Gaulle et les seconds citer Jaurès à tort et à travers, tous ne cherchent même plus à dissimuler leur convergence de vue avec le Kremlin. Convergence idéologique explicite pour l’extrême droite ; convergence de fait pour une gauche qui voit le monde tel qu’il était dans les années 70, et feint de ne pas comprendre ce que l’alignement des États-Unis de Trump sur la Russie a non seulement de vertigineux, mais surtout d’inédit.
L’histoire a pourtant montré ce qu’il en coûte de promettre aux citoyens la paix à tout prix, en se compromettant pour cela avec des pouvoirs autoritaires. Et ce n’est pas le moindre des paradoxes que les forces politiques qui se disent aujourd’hui pacifistes soient les mêmes qui défendent un souverainisme volontiers antieuropéen. Car si le véritable pacifisme a eu une traduction au XXe siècle, c’est bien l’Union européenne, née sur les décombres de deux guerres et à laquelle trois générations d’Européens doivent d’avoir connu la paix et la prospérité. Notre erreur fut de croire que ces dernières étaient acquises, en évacuant la guerre de notre horizon politique. Reste que vouloir la paix aujourd’hui, c’est vouloir non seulement l’Europe, mais une Europe en capacité de se défendre.