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Notes de lecture

Dans le même numéro

How Civil Wars Start. And How to Stop Them de Barbara F. Walter

juil./août 2022

Le 6 janvier 2021, une foule armée de partisans d’un président en fonction et de théoriciens du complot a pris d’assaut le siège du Congrès dans la capitale fédérale. Barbara F. Walter avertit qu’il ne s’agit pas d’incidents isolés, mais des prémices de quelque chose de plus grave.

La politologue américaine Barbara F. Walter vient de publier un livre sur les guerres civiles, notamment celle qui couve dans la première puissance mondiale : les États-Unis d’Amérique.

S’appuyant sur les dernières recherches internationales et les leçons tirées de plus de vingt pays, Walter identifie, aux États-Unis, trois facteurs de risque cruciaux : le recul démocratique, le factionnalisme et la persistance du ressentiment. À propos du recul démocratique, elle relève que la démocratie américaine a sensiblement décliné au cours des récentes années, au point de devenir une « anocratie », c’est-à-dire le seuil intermédiaire entre la démocratie et l’autocratie. « Les autocraties et les démocraties saines sont largement à l’abri de la guerre civile ; ce sont les pays du juste milieu qui sont les plus vulnérables. Et c’est là que de plus en plus de pays, y compris les États-Unis, se trouvent aujourd’hui. » Le factionnalisme est caractérisé par la montée des groupes fondés sur les distinctions ethniques, religieuses ou géographiques, ainsi que par la tendance prédatrice des partis politiques, notamment leur inclination à museler les rivaux et à établir des politiques qui bénéficient essentiellement à leurs électeurs. Cette prédation suscite des mécontentements de plus en plus affichés.

Après avoir présenté les facteurs de risques d’une éventuelle guerre civile américaine, l’autrice s’attarde sur son caractère. À l’instar de la nouvelle génération de guerres civiles, elle associerait des actes sporadiques de violence et de terreur, accélérés par les médias sociaux. La violence politique s’est déjà installée et déchire plusieurs villes du sud-ouest du Texas. En outre, une milice d’extrême droite a planifié, en 2020, l’enlèvement et l’assassinat de la gouverneure de l’État du Michigan, considérée comme une traîtresse. Les institutions fédérales ne sont pas épargnées. Ainsi, le 6 janvier 2021, une foule armée de partisans d’un président en fonction et de théoriciens du complot a pris d’assaut le siège du Congrès dans la capitale fédérale. Barbara F. Walter avertit qu’il ne s’agit pas d’incidents isolés, mais des prémices de quelque chose de plus grave.

D’où une panoplie de mesures visant à empêcher ce glissement vers la guerre : le renforcement de l’État de droit, l’accès égal au vote pour tous les citoyens, l’amélioration de la qualité des services publics, mais aussi la lutte contre la désinformation et les théories du complot.

À travers cet ouvrage iconoclaste et dense, l’auteur rappelle opportunément qu’aucune nation démocratique n’est à l’abri de conflits internes et adresse un sérieux avertissement à ses concitoyens.

Crown, 2022
320 p. 27 €

André-Hubert Onana Mfege

Officier de carrière, issu de la promotion 1995 de l'Ecole de l'air, André-Hubert Onana Mfege est titulaire d'un Doctorat de l'Université de Montpellier III (Paul Valéry) et du Diplôme de l'Ecole du Commissariat de l'air en France.

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Faire corps

La pandémie a été l’occasion de rééprouver la dimension incarnée de nos existences. L’expérience de la maladie, la perte des liens sensibles et des repères spatio-temporels, le questionnement sur les vaccins, ont redonné son importance à notre corporéité. Ce « retour au corps » est venu amplifier un mouvement plus ancien mais rarement interrogé : l’importance croissante du corps dans la manière dont nous nous rapportons à nous-mêmes comme sujets. Qu’il s’agisse du corps « militant » des végans ou des féministes, du corps « abusé » des victimes de viol ou d’inceste qui accèdent aujourd’hui à la parole, ou du corps « choisi » dont les évolutions en matière de bioéthique nous permettent de disposer selon des modalités profondément renouvelées, ce dossier, coordonné par Anne Dujin, explore les différentes manières dont le corps est investi aujourd’hui comme préoccupation et support d’une expression politique. À lire aussi dans ce numéro : « La guerre en Ukraine, une nouvelle crise nucléaire ? »,   « La construction de la forteresse Russie », « L’Ukraine, sa résistance par la démocratie », « La maladie du monde », et « La poétique des reliques de Michel Deguy ».