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Notes de lecture

Dans le même numéro

Le Maître et Marguerite de Mikhaïl Boulgakov

Trad. par André Markowicz et Françoise Morvan

décembre 2020

Boulgakov n’écrit pas avec Dostoïevski, Gogol ou Pouchkine, il écrit depuis eux.

André Markowicz a su remplir le vide qui séparait le Master i Margarita des années 1930 de sa traduction de 1968, par laquelle fut introduit en France ce chef-d’œuvre de la littérature russe. Cette première mouture, très proche du texte de Boulgakov, avait toutefois un mérite inestimable : asseoir solidement l’idée qu’il y avait là une œuvre, et qu’à risquer un jour une retraduction moins littérale, on restituerait son élan d’origine.

Le Maître et Marguerite relate la visite du diable, ici baptisé Woland, à Moscou, et la traduction d’André Markowicz permet d’en découvrir toute la puissance satirique. Woland, flanqué de ses lieutenants, pérégrine tout à son aise dans un petit monde de bas instincts, avec ses envieux et ses couards1. Sans la brutalité d’un Baphomet, sans le charme dandyesque de Méphistophélès, il sème farces, attrapes et maléfices. Le merveilleux fait irruption à Moscou, sapant le rationalisme obtus d’une administration soviétique médusée, incapable d’expliquer la magie noire. Plus les réactions du pouvoir se font ineptes, plus Woland se gausse, et plus on donne raison à son rire pourtant si sardonique, qui déchire la fiction délétère que l’URSS entretient.

Le texte de Boulgakov avait déjà regagné une certaine épaisseur dans la traduction qu’en avait donnée Françoise Flamant2. Celle-ci rendait

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Inculte, 2020
556 p. 22 €

Benjamin Tainturier

Doctorant au médialab de SciencesPo, journaliste indépendant.

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