Notes de lecture

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André-la-Poisse de Andreï Siniavski

Trad. par Louis Martinez, préface de Iegor Gran

juin 2021

Les contes pour enfants dissimulent leur cruauté derrière des personnages ou des allégories : un loup, un miroir, une pomme… D’autres récits ne s’embarrassent pas de ces artifices et malmènent leurs personnages au vu et au su du lecteur, ainsi des fameux Contes cruels de Villiers de l’Isle-Adam ou des Fantaisies de Hoffmann, à qui André-la-Poisse est dédié. Très vite, dans ce court roman, un monde imaginaire est posé, qui fait alliance avec le merveilleux pour plonger André dans les situations les plus tragiques, un trop-plein auquel le lecteur cesse vite de consentir. Comment tout cela peut-il être si noir ?

Andreï Siniavski n’épargne aucun tourment à son héros. De la première à la dernière page, le sort s’acharne sur ce dernier, sorte de Job moscovite imbu de bons sentiments, qui cause malgré lui des dommages partout où il pointe son nez. L’un de ses frères croit sauver André des eaux de la mer Noire, il se fracasse le crâne contre une ancre ; un second frère se lance à sa poursuite, il meurt percuté par une voiture ; une femme s’entiche d’André mais celui-ci, dans sa grande naïveté des choses de l’amour, la plonge dans les pires affres – l’infortunée tombe finalement dans les bras d’un Béotien. À l’origine de ces plaies, un pacte inaugural qu’André passe avec une fée maligne pour soigner son bégaiement, mais qui lui vaut sa malédiction. Chapitre après chapitre, les cinq frères du héros périssent, frappés par le mal dès qu’ils se trouven

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Les éditions du Typhon, 2021
168 p. 15 €

Benjamin Tainturier

Doctorant au médialab de SciencesPo, journaliste indépendant.

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Les enquêtes de santé publique font état d’une épidémie de fatigue dans le contexte de la crise sanitaire. La santé mentale constitue-t-elle une « troisième vague  » ou bien est-elle une nouvelle donne sociale ? L’hypothèse suivie dans ce dossier, coordonné par Jonathan Chalier et Alain Ehrenberg, est que la santé mentale est notre attitude collective à l’égard de la contingence, dans des sociétés où l’autonomie est devenue la condition commune. L’épidémie ne provoque pas tant notre fatigue qu’elle l’accentue. Cette dernière vient en retour révéler la société dans laquelle nous vivons – et celle dans laquelle nous souhaiterions vivre. À lire aussi dans ce numéro : archives et politique du secret, la laïcité vue de Londres, l’impossible décentralisation, Michel Leiris ou la bifurcation et Marc Ferro, un historien libre.