
Urgences et lenteur de Francis Massé
Politique, administration, collectivités, un nouveau contrat. Préface d’Anne-Marie Idrac
Présenté comme un essai, le livre a l’ambition et les dimensions d’un véritable traité de gouvernance publique.
La crise sanitaire ne manquera pas de susciter d’abondantes réflexions sur le fonctionnement des démocraties, nourries par des bilans chiffrés qui feront apparaître des écarts qu’il sera tentant d’expliquer en termes de performance des systèmes publics. On peut d’ores et déjà prévoir que la question de la confiance mutuelle entre le gouvernement, les administrations et les citoyens en sera l’un des thèmes importants. Publié juste avant la crise, le livre de Francis Massé ne bénéficie pas de ce retour d’expérience, mais cela n’enlève rien à la pertinence de ses analyses. La conviction qui sous-tend le propos de l’auteur est en effet que l’État joue un rôle déterminant comme créateur de confiance et réducteur d’incertitude dans un contexte marqué par de multiples crises et mutations – État qu’il ne faut pas confondre avec le pouvoir politique, car « l’image selon laquelle les élus et les gouvernants ordonnent à l’administration n’est pas corroborée par l’analyse des faits ». D’où la nécessité de créer les conditions permettant aux agents publics de s’inscrire dans une dynamique d’apprentissage et de responsabilisation collective. Présenté comme un essai, le livre a l’ambition et les dimensions d’un véritable traité de gouvernance publique. Sa matière couvre en effet tous les grands sujets, du pilotage des politiques publiques au management des services. L’auteur ne cherche pas à masquer la complexité des politiques publiques, qui reposent sur l’action d’une pluralité d’acteurs poursuivant différents objectifs et devant composer avec une multitude de contraintes. Mais « la complexité de l’action publique ne justifie pas sa complication » et la simplification reste un enjeu majeur. Encore faut-il, si l’on veut s’y atteler sérieusement, « s’intéresser aux producteurs de normes et au continuum existant entre les collectivités publiques et l’Europe : régions, départements ou équivalents, État, Commission européenne, sans omettre les Parlements nationaux et le Parlement européen ». C’est encore cette complexité qui oblige à prendre en compte les multiples dimensions de la performance publique et à ne pas confondre productivité, efficience, efficacité et pertinence des objectifs poursuivis, sans perdre de vue que les réformes entreprises dans l’urgence pour obtenir des résultats rapides conduisent souvent à l’échec.