Notes de lecture

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Quand l’avenir nous échappe de Bernard Perret

juin 2021

Le nouvel essai de Bernard Perret est une heureuse surprise et pourtant, le sujet qu’il traite n’a rien de réjouissant ni de surprenant : nous savons (sans y croire) que nous allons dans le mur, que la pandémie qui nous harcèle depuis plus d’un an n’est qu’un signe avant-coureur de catastrophes à venir encore moins prévisibles et moins maîtrisables, aucun vaccin ne pouvant prévenir les dommages irréversibles opérés sur notre environnement par le changement climatique. Nous savons donc que nous vivons la fin d’un monde, que notre système économique est condamné à plus ou moins brève échéance, que nous devrons changer nos modes de vie : la lutte contre le réchauffement de la planète exige plus que de « verdir la croissance », elle devra s’attaquer aux certitudes, aux habitudes, aux envies de l’homme moderne. Et cependant, nous ne faisons rien ou presque rien.

La surprise, c’est qu’au lieu de déplorer notre manque de lucidité et de courage dans cette situation inédite, Bernard Perret en prend acte très calmement et en analyse sinon les raisons, du moins les causes. Il prend appui ensuite sur l’expérience historique, l’anthropologie girardienne, les travaux sociologiques de Norbert Elias et de Charles Taylor pour rendre compte de l’attitude d’attente ouverte sur l’inattendu qui, selon lui, doit être la nôtre à l’égard de l’avenir. L’idée, c’est que nous ne pourrons nous transformer, nous réinventer que sous la pression des événements. L’avenir nous échappe en c

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Desclée de Brouwer, 2021
238 p. 18,9 €

Christine Orsini

Agrégée de philosophie et secrétaire générale de l'Association Recherches mimétiques, elle a contribué à René Girard et le problème du mal (Grasset, 1982) et au colloque de Cerisy "Autour de René Girard" en 1983.

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Les enquêtes de santé publique font état d’une épidémie de fatigue dans le contexte de la crise sanitaire. La santé mentale constitue-t-elle une « troisième vague  » ou bien est-elle une nouvelle donne sociale ? L’hypothèse suivie dans ce dossier, coordonné par Jonathan Chalier et Alain Ehrenberg, est que la santé mentale est notre attitude collective à l’égard de la contingence, dans des sociétés où l’autonomie est devenue la condition commune. L’épidémie ne provoque pas tant notre fatigue qu’elle l’accentue. Cette dernière vient en retour révéler la société dans laquelle nous vivons – et celle dans laquelle nous souhaiterions vivre. À lire aussi dans ce numéro : archives et politique du secret, la laïcité vue de Londres, l’impossible décentralisation, Michel Leiris ou la bifurcation et Marc Ferro, un historien libre.