Notes de lecture

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L’Œil et l’oreille de Mikel Dufrenne

Édition de Cyrille Zola-Place, postface de Maryvonne Saison

mai 2021

Parachevant une longue œuvre philosophique, l’ouvrage réédité après plus de trente ans peut se lire sans préalable. Le titre annonce une discussion avec L’œil et l’esprit de Merleau-Ponty, mais le livre s’inscrit également dans le sillage de Souriau (La Correspondance des arts) et même de Diderot (Lettre sur les sourds et muets). Est-il justifié de faire du visible la dimension essentielle du sensible ? Quelles sont les implications esthétiques et métaphysiques de la pluralisation du sensible ? Une philosophie du sensible est-elle possible, ou devons-nous en rester à une phénoménologie des sens ?

Près de vingt ans avant Le Tournant théologique de la phénoménologie française de Dominique Janicaud, Dufrenne refusait l’allure théologique des philosophies post-heideggériennes et plaidait pour une phénoménologie athée, fondée sur une expérience heureuse de la présence au monde, et non sur l’angoisse de l’absence et l’absolutisation de la distance. Le lecteur de Levinas et de Jean-Louis Chrétien sur la voix et l’appel sonore sera ainsi frappé par l’apparente humilité de L’œil et l’oreille, dont la question est d’abord celle du partage des sens dans le corps.

Pour Dufrenne, une phénoménologie athée ne doit pas déboucher sur une théologie négative de l’Être, de l’Autre ou de la Différance, mais sur une philosophie de la Nature. L’écart entre l’œil et l’oreille est la manière dont la Natu

Lecture réservée aux abonnés : L'indépendance d'Esprit, c'est grâce à vous !
Nouvelles Éditions Place, 2020
208 p. 10 €

Maud Pouradier

Maître de conférences en esthétique et philosophie de l'art à l'université de Caen Normandie, elle a notamment publié Esthétique du répertoire musical (Presses universitaires de Rennes, 2013).

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Force structurante de notre modernité, le libéralisme concentre ces dernières années toutes les critiques. Mais lorsque certains fustigent la société du tout marché, l’individualisme et l’égoïsme contemporains, l’élitisme, les inégalités ou l’autoritarisme, est-ce bien à l’idée libérale qu’ils en ont ? La démocratie peut-elle se passer du libéralisme ? C’est à ces questions que s’attache ce dossier, coordonné par Anne-Lorraine Bujon. Le libéralisme y apparaît d’abord comme une tradition plurielle, capable de se renouveler et de se combiner avec d’autres courants de pensée politique. Timothy Garton Ash le définit comme une méthode plutôt qu’un système : « une quête interminable pour déterminer le meilleur moyen de bien vivre ensemble dans les conditions de la liberté ». À quelles conditions, et dans quelles formes nouvelles peut-on défendre aujourd’hui l’idée libérale ? À lire aussi dans ce numéro : l’Allemagne après la réunification, les pays baltiques, la mémoire selon Ernest Pignon-Ernest, une lecture de Nœuds de vie de Julien Gracq, et la vie de Konrad von Moltke, le délégué de la nature.