LIBAN, UNE GUERRE DE TRENTE-TROIS JOURS



 À rebours du traitement médiatique généralement réservé à la crise qui secoue le Liban depuis 2005, ce livre propose une analyse complète d’une situation complexe. Car précisément, comme le soulignent Franck Mermier (directeur scientifique à l’Institut français du Proche-Orient, Beyrouth) et Élizabeth Picard (directeur de recherche au Cnrs) dans leur introduction, la crise est « multidimensionnelle ». Elle exige donc une appréhension fine des événements qui ont ponctué ces trente-trois jours sanglants, mais surtout, une mise en perspective de processus et de contextes que les « analyses à chaud, trop souvent marquées par les raccourcis et les simplifications », tendent à négliger. En d’autres termes, cette guerre de trente-trois jours, dont les effets sur la société libanaise se font toujours ressentir six mois après l’arrêt des hostilités, renvoie d’une part à des enjeux régionaux et internationaux, et vient d’autre part exacerber les contradictions internes de la communauté politique libanaise, tout en produisant en quelque sorte un effet de loupe sur les tensions qui agitent la scène politique depuis 2004. Or, l’une des principales qualités de cet ouvrage est de ne jamais séparer les deux plans et de proposer ainsi une lecture à plusieurs niveaux, appuyée sur la diversité des angles d’approches. Après avoir dressé le bilan des destructions matérielles et humaines en mettant l’accent sur l’ampleur des mobilisations et des solidarités civiles durant cette « nouvelle guerre du Liban », les auteurs proposent une lecture inédite des répercussions du conflit sur la société libanaise. Cette partie constitue le cœur de l’ouvrage et regroupe des articles indispensables pour comprendre l’émergence des chiites sur la scène politique libanaise. Il s’agit toujours de montrer le caractère multidimensionnel de celle-ci, en insistant notamment sur la complexité d’un mouvement comme le Hezbollah, en mettant en évidence la signification politique du martyr dans la fondation de la communauté et de la foi chiite, et en soulignant la contribution des intellectuels chiites à l’élaboration de la culture libanaise. Les deux dernières parties du livre s’attachent à comprendre la guerre des trente-trois jours au prisme de ses enjeux régionaux et internationaux. Les relations libano-israéliennes, qui font l’objet d’une mise en perspective historique, sont liées à trois enjeux principaux: la terre, l’eau, la sécurité. Quant aux enjeux internationaux, ils sont surtout marqués par l’ambivalence et la « duplicité » de la communauté internationale. En d’autres termes, les acteurs non libanais sont au moins aussi importants que les acteurs locaux pour comprendre une crise aux résonances régionales et globales.
P. A.
La Découverte, 2006
255 p. 18 €