Europes. Une histoire personnelle de Timothy Garton Ash
Né en 1955 en Grande-Bretagne, Timothy Garton Ash est un internationaliste libéral, dont le maître à penser a été Ralf Darhendorf, ce sociologue allemand devenu membre de la Chambre des Lords. Ayant séjourné jeune en France, puis étudié à la Freie Universität de Berlin, il est devenu historien, professeur d’études européennes à l’université d’Oxford. En 2017, après le Brexit contre lequel il s’est battu, il a reçu le prix Charlemagne, qui distingue les personnalités engagées pour l’unification européenne.
Ce dernier ouvrage retrace, de manière sensible et enjouée, l’histoire du continent européen depuis la fin des années 1960. L’auteur explique le pluriel de son titre : « La France est peut-être le seul pays à n’avoir jamais douté de faire partie de l’Europe. » N’est-il pas gravé sur un monument aux morts d’une plage normande : « Le 6 juin 1944, les forces alliées libèrent l’Europe. » ? On y trouvera dans ce livre une galerie de portraits, sorte de panthéon personnel où les grandes figures de l’Europe centrale sont au premier rang : Bronisław Geremeck, grand médiéviste échappé du ghetto, devenu proche conseiller de Lech Wałęsa, puis ministre des Affaires étrangères de la Pologne ; Václav Havel, pour son courage, la force et la profondeur de sa pensée ; Mikhaïl Gorbatchev, qui a apporté à son peuple la liberté, l’ouverture sur l’extérieur (les voyages, surtout) et la fin de la course aux armements. Timothy Garton Ash s’est entretenu avec maints dirigeants britanniques (Margaret Thatcher, Tony Blair, dont il a rédigé des discours, George Brown). « En Europe, j’étais Européen », lui a avoué le leader du New Labour : pour les Britanniques, en effet, l’Europe est ailleurs. Peu de Français dans les louanges de l’auteur, à part Jacques Delors, cible préférée de la Dame de fer, lors de son discours de Bruges de 1988, où il voit les racines profondes du Brexit.
Timothy Garton Ash raisonne en termes de générations. Après les deux décennies de paix (sauf en ex-Yougoslavie), se sont mêlées terrorisme islamiste, antimondialisme, crises économiques et montée de fièvre avec la Russie. Il observe aussi la libération de la sexualité et les vagues féministes jusqu’à MeToo. La démocratie que la vieille Europe a cherché à répandre à l’Est reste une fleur fragile. Au fil des pages, on sent que le socle commun sur lequel s’est édifié l’édifice européen s’effrite. Mais la foi européenne de l’auteur reste entière malgré le retour de la guerre en Europe, l’entrée dans un univers post-occidental et le retour annoncé de Trump.