Notes de lecture

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Le corps aux fils de l’écriture. Nietzsche après Derrida de Nibras Chehayed

juin 2021

Le titre de ce livre pourrait laisser entendre la musique surannée des années 1960-1970, au temps des sciences humaines triomphantes et de la philosophie inspirée par elles, aussi dite « du soupçon ». Pour en comprendre l’actualité, il peut être utile de lire les pages liminaires, intitulées « Le seuil du bordel », et la conclusion, titrée « Le seuil de l’abîme ». Nibras Chehayed est en effet syrien (aujourd’hui réfugié au Liban), et ce livre est non seulement l’écho, mais l’expérience ressentie dans son propre corps devant l’horreur abyssale des corps mutilés et disloqués qu’il a vus, entendus, touchés dans son pays depuis le début de la révolution syrienne et sa répression, d’une cruauté inouïe, par Bachar el-Assad. Les rapports entre l’écriture et le corps, la « corporalisation » de l’écriture et la « textualisation » du corps, de l’« écriture » – la sienne, celle de Nietzsche et de Derrida, ce qu’ils disent et pensent dans leurs écrits (avec d’autres, comme Jean-Luc Nancy) des interactions entre le corps et l’écriture – font la trame de sa réflexion, exigeante et sans concession. L’histoire terrible, in fine, de cet enfant syrien qui a perdu ses deux mains et qui, alors qu’il est filmé, voudrait essuyer une larme « comme si ses mains mutilées existaient encore » semble la hanter en arrière-plan. Faut-il s’en étonner ? La « déconstruction », mot à la mode vidé de son sens à force d’usages rhétoriques, polémiques et s

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Classiques Garnier, 2020
287 p. 32 €

Jean-Louis Schlegel

Philosophe, éditeur, sociologue des religions et traducteur, Jean-Louis Schlegel est particulièrement intéressé par les recompositions du religieux, et singulièrement de l'Eglise catholique, dans la société contemporaine. Cet intérêt concerne tous les niveaux d’intelligibilité : évolution des pratiques, de la culture, des institutions, des pouvoirs et des « puissances », du rôle et de la place du…

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Les enquêtes de santé publique font état d’une épidémie de fatigue dans le contexte de la crise sanitaire. La santé mentale constitue-t-elle une « troisième vague  » ou bien est-elle une nouvelle donne sociale ? L’hypothèse suivie dans ce dossier, coordonné par Jonathan Chalier et Alain Ehrenberg, est que la santé mentale est notre attitude collective à l’égard de la contingence, dans des sociétés où l’autonomie est devenue la condition commune. L’épidémie ne provoque pas tant notre fatigue qu’elle l’accentue. Cette dernière vient en retour révéler la société dans laquelle nous vivons – et celle dans laquelle nous souhaiterions vivre. À lire aussi dans ce numéro : archives et politique du secret, la laïcité vue de Londres, l’impossible décentralisation, Michel Leiris ou la bifurcation et Marc Ferro, un historien libre.