SenCité. Une exploration de la ville sensible d'Olivia Cuir
Olivia Cuir invite à repenser la ville à hauteur de sensations, d’émotions et de relations, pour mieux comprendre ce qui fait son urbanité.
Pour mener « une exploration de la ville sensible », pas besoin de son smartphone, ni même d’avoir, plié en poche, un plan des lieux. Un étonnant guidage, piloté par tous les sens en éveil, offre à chacun l’occasion de faire l’expérience sensible et subjective de la ville. En retour, et à une autre échelle, attendre de « la ville sensible » un réel bien-être devient la condition d’une rencontre réussie avec l’espace urbain. « La ville sensible » est traversée par des questions d’équilibre et de santé. Olivia Cuir propose une nouvelle cartographie urbaine, qui, sous certains aspects, s’apparente à « un nuage de mots », de tailles et de registres différents, laissant la sérendipité opérer des rapprochements de sens, de sensations et de sentiments. Au cœur de la ville sensible : une nouvelle forme d’attention.
Ainsi, « la ville sensible » se laisse questionner par ses « co-habitants », car « dans l’environnement artificiel que nous avons construit, lequel nous façonne aussi […] nous cohabitons. Homo Urbanus est un co-habitant ». Un des paradoxes de la ville fonctionnelle étant de produire de l’urbain sans urbanité, dans beaucoup de villes « cela manque de diversité visuelle » avec « au final, peu d’espace pour créer la rencontre ». Certes, « la ville sensible ne résout pas tout, mais elle participe à la reconstruction du lien social » ; cet enjeu est également le fil conducteur de l’ouvrage.
« La ville sensible », c’est aussi ce constat : « ce qui génère beaucoup d’angoisse chez les gens est de ne pas voir l’élément majeur de notre écosystème, c’est-à-dire le ciel, bleu, blanc, gris, rosé ou diapré d’orange ». Autre lien indispensable souligné par l’autrice qui, citant Saint-Exupéry, rappelle combien le ciel nous relie avec « ce qui est invisible pour les yeux ». Au fil de la lecture, « la ville sensible » apparaît donc comme une combinaison maîtrisée des sons, des couleurs et des odeurs, générant « une ambiance urbaine apaisée », dans un environnement où, de préférence, le bâti maintient un rapport sensible avec l’humain et favorise une diversité d’espaces pouvant devenir « supports de lien social ».
Mais il y a bien plus : comment devenir « une ville qui émeut toujours différemment à chaque âge de [la] vie » ? Sans doute en devenant « une ville apprenante […] un outil, un terrain de jeu, d’exploration, d’apprentissage tout au long de l’enfance, jusqu’à l’adolescence et la vie adulte », et même à chaque étape de la vie d’adulte ; la ville devenant ainsi « une école de la vie », tout au long de notre expérience vivante de « co-habitant ». Toutefois, « comment devenir une ville sensible ? ». Un chapitre présente des éléments de réponse et pose ces questions fondamentales : « Comment mesurer ce qui relève, dans l’imaginaire collectif, du subjectif ? Comment passer de l’individuel au collectif lorsqu’on parle des ressentis ? »
Le titre SenCité prend alors la forme d’un « outil complet de mesure du sensible en ville » avec pour objectif de calculer « le Quotient Émotionnel SenCité ». Imaginé et mis au point par Olivia Cuir et son équipe, cet outil « se base sur les cinq sens, le sentiment de sécurité, de mise en interaction, d’altérité, l’attachement, la sérénité, le sentiment de reconnaissance et d’appartenance… ». Sa méthodologie « combine les principes de la géographie du sensible, de l’enquête de sociologie urbaine et des statistiques ». Par ailleurs, le livre est ponctué d’illustrations signées WIIM. Les mots occupent une large place dans ces dessins. L’illustration la plus saisissante est peut-être celle placée dans l’introduction : pieds nus dans le vide, assis à l’angle d’un rooftop végétalisé, un personnage féminin plonge son regard sur la ville vue des hauteurs. Mais par un tout aussi vertigineux renversement, on peut percevoir ce même personnage féminin, assis à même le sol couvert d’herbe et de fleurs, ses pieds nus posés délicatement sur une ville ramenée soudain à une échelle sensible.