Notes de lecture

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La Disparition du paysage de Jean-Philippe Toussaint

avril 2021

Le narrateur passe sa convalescence à Ostende, immobilisé dans un fauteuil roulant après avoir été victime d’un attentat à Bruxelles en 2016. Il s’intègre parfaitement dans le paysage, ou plutôt sa disparition. Des travaux qui ont débuté sur les toits d’un casino en face cachent ce qu’il pouvait voir de sa fenêtre. Le jour n’entre plus dans l’appartement à mesure que l’horizon se bouche. Dès lors, l’effacement extérieur fait remonter des paysages intérieurs. Plutôt que de battre la campagne de la folle du logis, le narrateur souligne le ridicule et le tragique d’une telle situation. Mais le texte reste aussi élusif que possible : on verra bien parce qu’on ne voit plus. C’est ainsi que le monologue s’étoffe tout en se défaisant. Le lecteur y voit-il plus clair que le personnage ? Pas sûr. Celui qui garde certaines velléités de vagabondage est contraint de franchir des seuils qui ne sont pas forcément les bons, là où tout bascule dans une ère de soupçon. Tout devient insaisissable dans cette « école du regard » que Toussaint renouvelle avec un clin d’œil à Beckett.

Les éditions de Minuit, 2021
48 p. 6,8 €

Jean-Paul Gavard-Perret

Docteur en littérature,  poète, critique littéraire et critique d'art contemporain il enseigne la communication à l’Université de Savoie à Chambéry. Il est membre du Centre de Recherche Imaginaire et Création, 

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Les difficultés rencontrées pendant la gestion de l’épidémie de Covid-19 ont remis en lumière le rapport paradoxal que la France entretient avec son État. Parce qu’il est censé décider de tout, il est le recours vers lequel tous se tournent en situation de crise, en même temps qu’il concentre l’essentiel des critiques. Au-delà de la crise sanitaire, la question d’un juste partage des responsabilités entre l’État et d’autres acteurs - les collectivités territoriales, les citoyens, les syndicats ou les entreprises- pour construire un horizon d’action commun se pose. Alors même que la pandémie marque le retour en grâce de l’action publique, comment changer concrètement la figure de l’État pour apaiser sa relation avec la société et lui permettre de répondre aux aspirations contemporaines en matière d’écologie et de justice sociale ? C’est à cette question que s’attache ce dossier, coordonné par Lucile Schmid.