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Notes de lecture

Dans le même numéro

Le cinéma que je fais. Écrits et entretiens de Marguerite Duras

Édition établie par François Bovier et Serge Margel

juil./août 2022

Ce livre remet en scène Duras cinéaste. Qu’elle ait été audacieuse dans ce domaine est un euphémisme. Et l’ouvrage rassemble pour la première fois ses écrits concernant ses dix-neuf films. De La Musica (1966) aux Enfants (1985), le livre est organisé selon les films qu’elle réalisa, en excluant ceux dont elle écrivit uniquement les scénarios (comme Hiroshima mon amour d’Alain Resnais en 1959). De nombreux textes sont inédits, d’autres introuvables. Duras ne cesse de montrer moins pour voir mieux et, d’une certaine façon moderato cantabile, en « mettant la caméra à l’envers, en filmant ce qui entrait dedans : de la nuit, de l’air, des projecteurs, des routes, des visages », jusqu’à ce que tous les ingrédients habituels à la suture et à la saturation cinématographiques disparaissent. D’où ce nécessaire « (in)accomplissement » que Duras elle-même souligne. Il s’agit de consumer l’image sans la consommer. C’est la manière – la seule peut-être – de renvoyer le voyeur à sa misère, à sa déception dans le dépouillement absolu sur lequel l’œuvre cinématographique finit par déboucher.

P.O.L, 2021
544 p. 24 €

Jean-Paul Gavard-Perret

Docteur en littérature,  poète, critique littéraire et critique d'art contemporain, il enseigne la communication à l’université de Savoie à Chambéry. Il est membre du Centre de Recherche Imaginaire et Création.

Dans le même numéro

Faire corps

La pandémie a été l’occasion de rééprouver la dimension incarnée de nos existences. L’expérience de la maladie, la perte des liens sensibles et des repères spatio-temporels, le questionnement sur les vaccins, ont redonné son importance à notre corporéité. Ce « retour au corps » est venu amplifier un mouvement plus ancien mais rarement interrogé : l’importance croissante du corps dans la manière dont nous nous rapportons à nous-mêmes comme sujets. Qu’il s’agisse du corps « militant » des végans ou des féministes, du corps « abusé » des victimes de viol ou d’inceste qui accèdent aujourd’hui à la parole, ou du corps « choisi » dont les évolutions en matière de bioéthique nous permettent de disposer selon des modalités profondément renouvelées, ce dossier, coordonné par Anne Dujin, explore les différentes manières dont le corps est investi aujourd’hui comme préoccupation et support d’une expression politique. À lire aussi dans ce numéro : « La guerre en Ukraine, une nouvelle crise nucléaire ? »,   « La construction de la forteresse Russie », « L’Ukraine, sa résistance par la démocratie », « La maladie du monde », et « La poétique des reliques de Michel Deguy ».