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Notes de lecture

Dans le même numéro

Pour en finir avec la nature morte de Laurence Bertrand Dorléac

mars 2022

Le concept de nature morte date du xviie siècle. Mais ce type de représentation, comme le rappelle Laurence Bertrand Dorléac, remonte à l’aube de l’humanité quand un dialogue commence au sein d’une « communauté morte-vivante ». Néanmoins, du vie au xvie siècle, la nature morte disparaît d’Europe. L’autrice montre que, dans ce laps de temps, l’objet n’est qu’un signe qui accompagne la figuration de Dieu et autres saints. Il faudra donc attendre mille ans pour qu’il devienne la glorification de l’humble et exprime le sens du moindre. À la figuration du sacré se substitue celle d’une « trivialité positive » (Baudelaire). La nature morte reste bien vivante. L’objet est recyclé dans l’art et acquiert une vie propre dès l’éclosion du capitalisme et de la société de consommation. Laurence Bertrand Dorléac montre comment certains mouvements du xxe siècle s’élèvent contre la chosification de l’art en tant que produit d’un marché. À l’inverse, la nature morte montre que derrière la chose et sa reproduction, il n’y a pas rien mais tout – le rien du tout, son fantôme, sa pétrification dans une sorte de défi que relèvent et révèlent par exemple Andrès Serrano, Wim Delvoye, Jean-Pierre Formica, Not Vital, Jan Fabre et d’autres.

Lecture réservée aux abonnés : L'indépendance d'Esprit, c'est grâce à vous !
Gallimard, 2020
220 p. 26 €

Jean-Paul Gavard-Perret

Docteur en littérature,  poète, critique littéraire et critique d'art contemporain, il enseigne la communication à l’université de Savoie à Chambéry. Il est membre du Centre de Recherche Imaginaire et Création.

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Retrouver la souveraineté ?

L’inflation récente des usages du mot « souveraineté », venue tant de la droite que de la gauche, induit une dévaluation de son sens. Dévaluation d’autant plus choquante à l’heure où, sur le sol européen, un État souverain, l’Ukraine, est victime d’une agression armée. Renvoyant de manière vague à un « pouvoir de décider » supposément perdu, ces usages aveugles confondent souvent la souveraineté avec la puissance et versent volontiers dans le souverainisme, sous la forme d’un rejet de l’Union européenne. Ce dossier, coordonné par Jean-Yves Pranchère, invite à reformuler correctement la question de la souveraineté, afin qu’elle embraye sur les enjeux décisifs qu’elle masque trop souvent : l’exercice de la puissance publique et les conditions de la délibération collective. À lire aussi dans ce numéro : les banlieues populaires ne voteront plus, le devenir africain du monde, le destin du communisme, pour une troisième gauche, Nantes dans la traite atlantique, et la musique classique au xxie siècle.