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Notes de lecture

Dans le même numéro

Le tacite, l’humain. Anthropologie politique de Fernand Deligny de Catherine Perret

juin 2022

Une scène primitive : cinq petits singes recroquevillés dans une volière regardent un enfant, qui en ressent un effondrement. Tout au long de sa vie et de sa pratique, Fernand Deligny restera irrémédiablement seul, parce que, seul, il regarde là où il n’y a rien à voir : la foire de Lille, l’asile d’Armentières. Deligny sera « chercheur d’asile », comme d’autres se font chercheurs d’or. Et Catherine Perret déploie, en une fresque magistrale, l’anthropologie politique qui sous-tend sa clinique singulière, fondée sur le seul sentiment d’appartenance à l’espèce humaine. « Comment donner droit de cité à ce commun qui échappe à la loi car il ne passe pas par la langue mais par les corps ? »

Deligny commence sa recherche dans le contexte où « l’idéal fasciste de la régénération » gouverne la France sous le régime de Vichy. Cette hygiène mentale repose sur la naturalisation du sujet, la rationalisation du traitement et le rendement social, et revient à « affamer et rééduquer » les enfants « inadaptés » (rappelons qu’au moins 40 000 personnes sont mortes de faim dans les hôpitaux psychiatriques entre 1940 et 1945). Deligny en propose « un sabotage méticuleux » pour renouer les liens entre les êtres humains, aussi « irrécupérables » soient-ils : il reconstitue des bandes d’enfants, transforme les gardiens en éducateurs et refuse toute normalisation sociale à l’institut médico-pédagogique d’Armentières. Il se plac

Lecture réservée aux abonnés : L'indépendance d'Esprit, c'est grâce à vous !
Seuil, coll. « La Librairie du xxe siècle », 2021
384 p. 25 €

Jonathan Chalier

Rédacteur en chef adjoint de la revue Esprit, chargé de cours de philosophie à l'École polytechnique.

Dans le même numéro

La démocratie des communs

Les « communs », dans leur dimension théorique et pratique, sont devenus une notion incontournable pour concevoir des alternatives à l’exclusion propriétaire et étatique. Opposés à la privatisation de certaines ressources considérées comme collectives, ceux qui défendent leur emploi ne se positionnent pas pour autant en faveur d’un retour à la propriété publique, mais proposent de repenser la notion d’intérêt général sous l’angle de l’autogouvernement et de la coopération. Ce faisant, ils espèrent dépasser certaines apories relatives à la logique propriétaire (définie non plus comme le droit absolu d’une personne sur une chose, mais comme un faisceau de droits), et concevoir des formes de démocratisation de l’économie. Le dossier de ce numéro, coordonné par Édouard Jourdain, tâchera de montrer qu’une approche par les communs de la démocratie serait susceptible d’en renouveler à la fois la théorie et la pratique, en dépassant les clivages traditionnels du public et du privé, ou de l’État et de la société.